‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 472 sur 479 · DE · texte numérisé non relu

DE

DU iS JUILLET 1668 *.

« Le roi, ayant accordé la paix aui instances de ses alliés et aux vœux de toute l'Europe, et donné des marques de modération et d'une bonté sans exemple, même dans le plus fort de ses conquêtes, ne pensoit plus qu'à s'appliquer aux affaires de son royaume, lorsque, pour réparer, en quelque sorte, ce que la cour avoit perdu dans le carnaval, pendant son absence, il résolut de faire une fête dans les jardins de Versailles, où, parmi les plaisirs que l'on trouve dans un séjour si délicieux, l'esprit fût encore touché de ces beautés surprenantes et extraordinaires dont ce grand prince sait si bien assaisonner tous ses divertissements. »

<i Pour cet effet, voulant donner la comédie ensuite d'une collalion, et le souper après la comédie, qui fût suivi d'un bal et d'un feu d'artifice, il jeta les yeux sur les personnes c[u'il jugea les plus capables pour disposer toutes les choses propres à cela. 11 leur marqua lui-ménle les endroits où la disposition du lieu pouvoit, par sa beauté naturelle, contribuer davantage à leur décoration ; et, parceque l'un des plus beaux ornemenls de cette maison est la quantité des eaux que l'art y a conduites, malgré la nature qui les lui avoit refusées. Sa Majesté leur ordonna de s'en servir, le plus qu'ils pourroient, à l'embellissement de ces lieux, et même leur ouvrit les moyens de les employer, et d'en tirer les effets qu'elles peuvent faire. »

' Cette relaliou, écrite par Féliliien, fut publiée en 1669. Nous nous bornons à insérer ici ce qui se rappoitc à la partie théâtrale, aKn d'expliquer les intermètles de Molière qu'on trouvera ci-après.

588 KÊTK DE VERSAILLES.

« Pour Teiécution de colle fêle, le duc deCréquy, comme premier gentilhomme de la chambre, fut chargé de ce qui regardoit la comédie; le maréchal de Bellefonds, comme premier mailre d'hôlel du roi, prit soin de la collation, du soupM*, et de tout ce qui regardoit le service des tables; et M. ColbertyCom^ne surintendant des bâtiments, fit construire et embellir les divers lieux destinés à ce divertissement royal, et donna les ordres pour l'exécution des feux d'artiûce. »

« Le sieur Vigarani eut ordre de dresser le théâtre pour la comédie; le sieur Gissey, d'accommoder un endroit pour le souper; et le sieur le Vau, premier architecte du roi, un autre pour le bal. »

« Le mercredi, dix-huitiéme jour de juillet, le roi, étant parti de Saint-Germain, vint diner à Versailles avec la reine, monseigneur le dauphin, Monsieur, et Madame. Le reste de la cour, étant arrivé incontinent après midi, trouva des officiers du roi qui faisoient les honneurs, et recevoient toat le monde dans les salles du château, où il y avoit, en plusieurs endroits, des tables dressées, et de quoi se rafraîchir; les principales dames furent conduites dans des chambres particulières pour se reposer. »

« Sur les six heures du soir, le roi, ayant commandé an marquis de Gesvres, capitaine de ses gardes, de faire ouvrir toutes les portes, afin qu'il n'y eût personne qui ne prît part au divertissement, sortit du château avec la reine, et tout le reste de la cour, pour prendre le plaisir de la promenade.»

Félibien, après avoir suivi le roi dans tous les détails de sa promenade, et décrit la magnificence do théâtre dressé dans les jardins, ajoute :

« Bien que la pièce qu'on représenta doive être considérée comme un impromptu, et un de ces ouvrages où la nécessité de satisfaire sur-le-champ aux volontés du roi ne donne pas toujours le loisir d'y apporter la dernière main, et d'en former les derniers traits, néanmoins il est certain qu'elle est composée de parties si diversifiées et si agréables, qu'on peut dire qu'il n'en a guère paru sur le théâtre de plus capable de satisfaire tout ensemble Toreille et les yeux des spectateurs. La prose dont on s'est servi est un langage très propi'e pour Taction qu'on représente, et les vers qui se chantent entre les actes de la comédie convienneni si bien

au sujet, et expriment si tendrement les passions dont ceux qui les récitent doivent être émus, qu'il n'y a jamais rien eu de plus touchant. Quoiqu'il semble que ce soit deux comédies que Ton joue en même temps, dont l'une soit en prose et l'autre en vers, elles sont pourtant si bien unies à un même sujet, qu'elles ne font qu'une même pièce, et ne représentent qu'une seule action.

» L'ouverture du théâtre se fait par quatre bergers ' déguisés en valets de fêtes, qui, accompagnés de quatre autres bergers ^ qui jouent de la flûte, font une danse, où ils obligent d'entrer avec eux un riche paysan qu'ils rencontrent, et qui, mal satisfait de son mariage, n'a l'esprit rempli que de fâcheuses pensées: aussi l'on voit qu'il se retire bientôt de leur compagnie, où il n'a demeuré que par contrainte.

<i Climène ' et Chloris ^, qui sont deux bergères amies, entendant le son des flûtes, viennent joindre leuro voix à ces instruments, et chantent :

L'autre jour, d'Annotle

J'eolemUs la voix.

Qui, sur sa muselle,

ChaDloit dans uus bois:

Amour, que sous ton empire Ou souffre de maux cuisants!

Je le puis bien due,

Puisque je les eus.

La jeune Lisette,

An môme moment,

Sur le ton d'AnneUe,

Reprit leudremeol :

Amour, si, sous ton empire, Je soutire dos maux cuisant-,

C'est de n'oser dire

Tout ce que je sens.

u Tircis^ et Philène^, amants de ces deux bergères, les abordent pour les entretenir de leur passion, et font a>ec elles une scène eu musique.

* Ueauc-hamp, Saint-André, La Pierre, Favier.

* Dfscouleaux, Phili>t'ri, Jean et Martin Hotlere.

* Vlademovsellu Hilaire.

* Mademoiselle des Frouleaux .

' Ulondel.

* Gayo.

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