‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 475 sur 479 · TIRCIS ET PHILÈNE · texte numérisé non relu

TIRCIS ET PHILÈNE

Puisqu'il nous faut languir en de tels déplaisirs, Hf^ttons lin, en mourant, à nos tristes soupirs.

» Ces deux bergers se retirent, l'ame pleine de douleur et de désespoir; et, ensuite de celte imisique, commence le premier acte de la comédie en prose.

» I^ sujet est qu*uu riche paysan, s^élant marié à la fille d'un gentilhomme de campagne, ne reçoit que du mépris de sa femme aussi bien que de sou beau-père et de sa bellemère, qui ne Tavoient pris pour leur gendre qu'à cause de ses grands biens.

M Toute cette pièce est traitée de la même sorte que le sieur de Molière a de coutume de faire ses autres pièces de théâtre ; c'est-à-dire qu'il y représente- avec des couleurs si naturelles le caractère des personnes qu'il introduit, qu'il ne se peut rien voir de plus ressemblant que ce qu'il a fait pour montrer la peine et les chagrins où se trouvent souvent ceux qui s'allient au-dessus de leur condition; et, quand il dépeint rhumeur et la manière de faire de certains nobles campagnards, il ne forme point de traits qui n'expriment parfaitement leur véritable image. Sur la fin de l'acte, le paysan est interrompu par une bergère qui lui vient ap-

prendre le désespoir des deoi bergers : mais, comme il est agité d^aotres inquiétudes, il la quitte en colère; et Chloris entre, qui vient faire une plainte sur la mort de son amant:

Ab ! mortelles douleon!

Qn'ai-je plat i prétendre ?

Coalez, cooler, me* pleura : le B*fi pois trop rcpandre.

Pourquoi fanl-il qn'nn tyraoBiqae hoaoenr Tienne notre ame en etcb^e aiaerrie?

Hëlatl pour cootenier a l^rbare rignenr, J*ai rëdnit aMMi anunt à sortir de la vie.

Ih I mortelles donleors!

Qn'ai-je plus à prétendre ?

Conlei, oonles, mes pleuis; le n'en puis trop répandre.

Me puis-je pardonner, dans ce fanesle sort, Les sévères froideurs dont je m'ëtois armée ? Quoi donc, mon cber amant ! je t'ai donné la mon ! Est-ce le prix, hélas ! de m'avoir tant ainsée ?

Âb ! mortelles douleurs !

Qu'ai-je plus à prétendre ?

Conlex, coulez, mes pleurs; , Je n'en pnis trop répandre.

» Après cette plainte, commença le second acte de la comédie en prose. C'est une suite des déplaisirs du paysan marié, qui se trouve encore interrompu par la même bergère, qui vient lui dire que Tircis et Pbilène ne sont point morts, et lui montre sii bateliers* qui les ont sauvés. Le paysan, importuné de tous ces avis, se retire et quitte la place aui bateliers, qui, ravis de la récompense qu'ils ont reçue, dansent avec leurs crocs, et se jouent ensemble; après quoi se récite le troisième acte de la comédie en prose.

9 Dans ce dernier acte. Ton voit le paysan dans le comble de la douleur, par les mauvais traitements de sa femme. Enfin, un de ses amis lui «conseille de noyer dans le vin toutes ses inquiétudes, et Temmène pour joindre sa troupe, voyant venir toute la foule des bergers amoureni, qui commence à célébrer, par des chants et des danses, le pouvoir de l'Amour.

* Jonan, Beaucbamp, Cbicannran, Favirr, Nobict, Majcn.

» fci la décoration du théâtre se trouve changée eifi un instant, et Ton ne peut comprendre comment tant de véritables jets d'eau ne paroissent plus, ni par quel artifice, au lieu de ces cabinets et de ces allées, on ne découvre sur le théâtre que de grandes roches entremêlées d'arbres, où l'on voit plusieurs bergers qui chaulent et qui jouent de toutes sortes d'instruments. Chloris commence, la première, à joindre sa voix au son des flûtes et des musettes.

Ici l'ombre des ormeaui Doone nn leiot frais aux herbeiies :

El les bords de ces ruisieanz Brillent de mille fleureti>>s Qai se mireni dans les eanx.

Prenez, bergers, vos musettes, Ajustez Yos cbalnroeanx.

El mêlons nos chanson nellps Au chant des petits oiseaux.

Le Zéphyr, entre ces eanx.

Fait mille courses secrètes; Et les rossignols nouveaux De lenrs douces amourettes Parlent aux tendres rameaux.

Prenez, bergers, vos musettes, Ajustez vos chalumeaux.

Et mêlons nos chansonneites Au chant des petits oiseaux.

» Pendant que la musique charme les oreilles, les yeux sont agréablement occupés à voir danser plusieurs bergers^ et bergères ^ galamment vêtus. Et Glimène chante :

Ah ! qu'il est doux, belle Sylvie, Ah ! qu'il est doux de s'enflammer !

Il faut retrancher de la vie Ce qu'on en passe sans aimer.

CHLORIS

Ah ! les beaux jours qu'Amour nous donne. Lorsque sa flamme unit les cœurs!

Est- il ni gloire, ni couronne Qui vaille ses moindres douceurs?

TIBCIS.

Qu'avec peu de raison ou se plaint d'un m-iriyre Que suivent de si doux plaisirs !

' Cbicanncan, Sainl>Andro, La Pierre, Fuvier. Bonard, Arnuld, Noblet, Poignard.

faiLÈNEi

tJii momeiU il<' lHUiliei»rf daii:i l'aiiiouretix finpirc, Ré)>are dix aiiK de soupirs.

TOOH ENStMBLF.

Cti:iiilons Ions de i'Amonr lu pouvoir admirahlc; Clianlons Imis dans ces lient S*'S altrails glorieux :

11 est le plii« aimable El le plus giand des dienx.

0 A ces mois, l'on vil s'approcher, du foiul du théâtre, un {^rand rocher couvert d'arbres, sur lequel étoit assise toute la troupe de Bacchus, composée de quarante satyres. L'un d'eux *, s'avançant à la tête, chanta fièrement ces paroles :

Arrèioj. : u'c:»t trop eut reprendre.

Un antre dieu, dont nous suivons les lois, S'oppose à cet lionnoiir qu'à l'Amour oseiil rendre

Vos muselles el vos voix :

A des lilres si btranx Bocclius seul peut prélendre; Et nous sommes ici pour défendre ses droits.

CHOKUR DK SATYRES.

Nous suivons de Bacclms le pouvoir adorable; Nous suivons en Ions lieux SfS altrails glorieux.

Il est le plus aimable El le plus grand des dieux.

» Plusieurs du parti de Bacchus méloienl aussi leurs pas a la musique ; et l'on vil un combat des danseurs et des chantres de Bacchus contre les danseurs et les chantres qui soutenoient le parti de T Amour.

CHLOBIS.

C'est le printemps qui rend l'ame A nos cliamps semés de fleurs; Mais c'est l'Amour el sa flumme Qui foui revivre nos cœurs.

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