‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 48 sur 479 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

IPHITIS.

Eh bien! oai, tu ne Faimes pas. Tu le hais, j'y eoosens, et je veux bien, pour te contenter, qu'il n'épouse pas la princesse Agiante.

Ab ! Seigneur, vous me donnei la vie I

IPHITAS.

Mais, aGn d'empêcber qu'il ne puisse être jamais à elle, il faut que tu le prennes pour toi.

Vous vous moquez, seigneur, et ce n'est pas ce qu'il demande.

EURTALE.

Pardonnez-moi, madame, je suis assez téméraire pour cela, et je prends à témoin le prince votre père si ce n^est pas vous que j'ai demandée. C'est trop vous tenir dans l'erreur ; il faut lever le masque, et, dussiez-vous vous en pré-, valoir contre moi, découvrir à vos yeux les véritables sentiments de mon cœur. Je n'ai jamais aimé que vous, et jamais je n'aimerai que vous. C'est vous, madame, qui m^avez enlevé cette qualité d'insensible que j'avois toujours affectée; et tout ce que j'ai pu vous dire n'a été qu'une feinte qu'un mouvement secret m'a inspirée, et que je n'ai suivie qu'avec toutes les violences imaginables. 11 falloit qu'elle cessât bientôt, sans doute, et je m'étonne seulement qu^ellc ait pu durer la moitié d'un jour ; car, enfin, je mourois, je brûlois dans Tame, quand je vous dcguisois mes sentiments ; et jamais cœur n'a souffert une contrainte égale à la mienne. Qqe si cette feinte, madame, a quelque chose qui vous offense, je suis tout prêt de mourir pour vous en venger; vous n'avez qu'à parler, et ma main sur-le-champ fera gloire d'exécuter l'arrêt que vous prononcerez.

Non, non, prince, je ne vous sais pas mauvais gré de m^avoir abusée; et tout ce que vous m'avez dit, je Taime bien mieux une feinte, que non pas une vérité.

IPHITAS.

Si bien donc, ma fille, que tu veux bien accepter ce prince pour époux?

Seigneur, je ne sais pas encore ce que je veux. Donnez-

moi le temps d*y songer, je vous prie, et m*épargtiez un peu la confusion où je suis.

IPHITÀ8.

Vous jugez, prince, ce que cela veut dire, et vous pouvez fonder là-dessus.

EURTALE.

Je ratteiidrui tant qu*il vous plaira, madame, cet arrêt de ma destinée ; et, s^il me condamne à la mort, je le suivrai sans murmure.

IPHITAS.

Viens, Moron. Cest ici un jour de paix, et je te remets en grâce avec la princesse.

MOROIf.

Seigneur, je serai meilleur courtisan une autre fois, et je me garderai bien de dire ce que je pense.

SCÈNE m. -' ARISTOMÈNE, THÉOCLE. IPHITAS, LA PRINCESSE, EURYALE, AGLANÏE, CYNÏHIE, MORON.

IPBlTASy aux princes de Messéne et de Pylc.

Je crains bien, princes, que le choii de ma tille ne soit pas en votre faveur; mais voilà deux princesses qui peuvent bien vous consoler de ce petit malheur.

ARISTOMÈNE

Seigneur, nous savons prendre notre parti; et si ces aimables princesses n^ont point trop de mépris pour des cœurs qu'on a rebutés, nous pouvons revenir par elles à l'honneur (le votre alliance.

SCÈNE IV. - IPHITAS, LA PRINCESSE, AGLANTE, CYN- THÏE, PfllLiS, EURYALE, ARISTOMÈNE, THÉOCLE, MORON.

PBIUS, à IpbUas.

Seigneur, la déesse Vénus vient d'annoncer partout le changement du cœur de la princesse. Tous les pasteurs et toutes les bergères en témoignent leur joie par des danses et des chansons; et si ce n'est point un spectacle que vous méprisiez, vous allez voir l'allégresse publique se répandre ju^ ques ici.

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