SCÈNE L — CHARLOTTE, PIERROT
CHARLOTTE
Notre dinse, Piarrot, tu t'es trouvé là bieu à point.
PIERROT
Parguienne, il ne s'en est pas fallu répoisseur d'une éplingue, qu'il ne se sayant nayés tous deux.
CHARLOTTE
C'est donc le coup de vent d'à matin qui les avoit ranvarsés dans la mar?
PIERROT
Âga^; quieu, Charlotte, je m'en vaste conter tout fin draît comme cela est venu; car, comme dit Taulre, je les ai le premier avisés, avisés le premier je les ai. Enfin donc j'étions sur le bord de la mar, moi et le gros Lucas, et je nous amusions à batifoler avec des molles de tarre que je nous jesqnions à la tête ; car , comme tu sais bian , le gros Lucas aime à batifoler, et moi, par fouas, je batifole itou. En batifolant donc, pisque batifoler y a, j'ai aparçu de tout loin qaeoque chose qui grouilloit dans gliau, et qui venoit comme envars nous par secousse. Je voyois cela fiiiblement, et pis tout d'un coup je voyois que je ne voyois plus rian. Hé! Lacas, c'ai-je fait, je pense que vlà des hommes qui nageant là-bas. Voire, ce m'a-t-il fait, t'as été au trépassement d'un chat, t'as la vue trouble^. Palsanguienne, c'ai-je fait, je n'ai point la vue trouble, ce sont des hommes. Point du tout, ce m'a-t-il fait, t'as la barlue. Veux-tu gager, c'ai-je fait, que j©
'Aga est une intcrjectioD d'admiration encore nsit^ dans quelques pays de France.
* Ce dicton se trouve dans la Comédie des Proverbes, d'Adrien de tfontlnc : < Tu as la berltie; je crois que tu as été au trépassement d'un chat, tu vois > trouble. > (Aagcr.) — On peut penser que cela se rattache à nne croyance Ki^nérale au moyen âge, et qui avait son origine dans la magie, croyance d'après laqnt'lle on tuait un chat noir, quand on voulait se livrer à (|uclqiic encliautcntent, la forme du chat étant l'une de celles que le diable prennit de préiëreme dans ses transformations»