‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 61 sur 479 · ACTE H, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE H, SCÈNE I

CHARLOTTE

Est-il encore chenx toi tout nu, Piarrot?

PIERROT

Nannain, ils Tavont r'habillé tout devant nous. Mon Guieii, je n'en a\ois jamais vu s'habiller. Que d'histoires et d'engingorniauxi boutont ces messieux-Ià les courtisans! Je me pardrois là-dedans, pour moi, et j'étois tout ébobi de voir ça. Qoien, Gharlotle, ils avont des cheveux qui ne tenont point à leu tète; et ils boutont ça, après tout, comme un çros bonnet de filasse. Ils ant des chemises qui ant des manches où j*entrerions tout brandis, loi et moi. En glien d'haut-dechausse, ils portent un garde-robe^ aussi large que d*ici k Pâques : en glieu de pourpoint, de petites brassières, qui ne leu venont pas jusqu'au brichet^; et, en glieu de rabats, un grand mouchoir de cou à réziau, avenc quatre grosses houpes de linge qui leu pendent sur Testomaquc. Ils avont itou d'autres petits rabats au bout des bras, et de grands entonnois de passements aux jambes; et, parmi (out ça , tant de rubans , tant de rubans , que c'est une vraie piquié. Ignia pas jusqu'aux souliers qui n'en soyont farcis tout depis uu bout jusqu'à l'autre ; et ils sont faits d'une façon que je me romprois le cou aveuc.

CHARLOTTE

Par ma fi, Piarrot, il faut que j*aille voir un peu ça.

PIERROT

Oh! acoute un peu auparavant, Charlotte. J'ai queuque autre chose à te dire, moi.

CHARLOTTE

Hé bian ! dis, qu'est-ce que c'est?

PIERROT

Vois-tu, Charlotte, il faut, comme dit l'autre, que je débonde mon cœur. Je t'aime, tu le sais bian, et je sommes pour être mariés ensemble ; mais, mai*guienne, je ne suis point satisfait de toi.

eo a eu pour son compte. La mine est «ne mesure qui contient la moili«id'un H>licr. (Aimé Martin.)

' B'igingomiauxy parure, ornement de con.

' Les trîllageoiscs porloient aluis sur leur jupon une espèce de taldier appelé garde-robe. (Aimé Martin.)

'Le creux qui osl au haut de l'estomac. Ce mot dciive de l'allemand brcchen, rompre, couper. (Ménage.)

76 LE FESÏIN DE PIERUE.

CHARLOTTE

Quemcnt? qu'est-ce que c'est donc qu iglia?

PIERROT

Iglia que lu me chagraines Tespril, franchement.

CHARLOTTE

Et quement donc?

PIERROT

Tétiguienne, tu ne m'aimes point.

CHARLOTTE

Abl ah I n'est-ce que ça?

PIERROT

Oui, ce n'est que ça» et c'est bian assez.

CHARLOTTE

Mon Guieu, Piarrot, tu me viens loujou dire la même chose.

PIERROT

Je te dis toujou la même chose, parceqne c/est toujou la même chose ; et, si ce n'étoit pas toujou la même chose, je ne te diiois pas toujou la même chose.

CHARLOTTE

Mais, qu est-ce qu'il te faut? Que veux-lu?

PIERROT

Jerniguienne I je veux que tu m'a'nncs.

CHARLOTTE

Est-ce que je ue t'aime pas?

PIERROT

Non, tu ne m'aimes pas, et si, je fais tout ce que je pis pour ça. Je t'achète, sans reproche, des rubans à tous les marciers qui passent; je me romps le cou à t'aller dénicher des maries; je fais jouer pour toi les vielleui quand ce vient ta fête; et tout ça comme si je me frappois la fête contre un mur. Vois-tu, ça n'est ni biau ni honnête de n aimer pas les gens qui nous aimont.

CHARLOTTE

Mais, mon Guieu, je t'aime aussi.

PIERROT

Oui, tu m'aimes d'une belle dégaine!

CHARLOTTE

Quemcnt veux-tu donc qn'on fasse?

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