‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 91 sur 479 · SCÈNE VL ~ DON LOUIS, DON JUAN, SGANARELLE · texte numérisé non relu

SCÈNE VL ~ DON LOUIS, DON JUAN, SGANARELLE

DON LOUIS

Je vois bien que je vous embarrasse, et que vous vous passeriez fort aisément dé ma venue. A dire vrai, nous nous incommodons étrangement Tun Tautre ; et si vous êtes las de me voir, je suis bien las aussi de vos déportements, llclas! que nous savons peu ce que nous faisons, quand nous ne laissons pas au ciel le soin des choses quUl nous faut, quand nous woulons être plus avisés que lui , et que nous venons à Timportuner par nos souhaits aveugles et nos demandes inconsidérées I J'ai souhaité un fils avec des ardeurs non pareilles, je Taî demandé sans relâche avec des transports incroyables; et ce fils que j'obtiens en fatiguant le ciel de vœui, est le chagrin et le supplice de cette vie même dont je croyois qu'il dcvoit être la joie et la consolation. De quel œil , à votre avis , pensez-vous que je puisse voir cet amas

cractions indignes, dont on a peine, aui yeoi du monde, d'adoucir le mauvais visage; cette suite continuelle de méchantes affaires, qui nous réduisent à toute heure à lasser les bontés du souverain , et qui ont épuisé auprès de lui le mérite de mes services et le crédit de mes amis? Ah 1 quelle bassesse est la vôtre ! Ne rougissez-vous point de mériter si peu voire naissance? Étes-vous en droit» dites-moi, d'en tirer quelque vanité? Et qu'avez-vous fait dans le monde pour être gentilhomme? Croyez-vous qu il suffise d'en porter le nom et les armes, et que ce nous soit une gloire d'être sortis d'un sang noble, lorsque nous vivons en infànies? Non, non, la naissance n^est rien où la vertu n'est pas. Aussi, nous n'avons part à la gloire de nos ancêtres qu'autant que nous nous efforçons de leur ressembler; et cet éclat de leurs actions qu'ils répandent sur nous, nous impose un engageaient de leur faire le même honneur, de suivre les pas qu'ils nous tracent, et de ne point dégénérer de leur vertu, si nous voulons être estimés leurs véritables descendants. Ainsi , vous descendez en vain des aïeux dont vous êtes né; ils vous désavouent pour leur sang, et tout ce qu'ils ont fait d'illustre ne vous donne aucun avantage; au contraire, l'éclat n'en rejaillit sur vous qu'à votre déshonneur, et leur gloire est un flambeau qui éclaire aux yeux d'un chacun la honte de vos actions. Apprenez enfin qu'un gentilhomme qui vit mal est un monstre dans la nature; que la vertu est le premier titre de noblesse ; que je regarde bien moins au nom qu'on signe, qu'aux actions qu'on fait, et que je ferois plus d'état du fils d'un croeheteur, qui seroit honnête homme, que du fils d'un monarque, qui vivroit comme vous.

DON JUAN

Monsieur , si vous étiez assis , vous en seriez mieux pour parler.

DON LOUIS

Non, insolent, je neveux point m'asseoir, ni parler davantage, et je vois bien que toutes mes paroles ne font rien sur ton ame; mais sache, fils indigne, que la tendresse paternelle est poussée à bout par tes actions; que je saurai, plus tôt que tu ne penses, mettre une borne à tes dérèglements, prévenir sur toi le courroux du ciel , et laver, par ta punition, la honte de t'avoir fait naître.

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