AU PARLEMENT DE BORDEAUX
Que le rôle de Thomme privé ne fasse donc point de tort à celui de rhomme public ; car dans quel trouble d'esprit un juge ne jette-t-il point les parties, lorsqu'elles lui voient les mêmes passions que celles qu'il faut qu'il corrige , et qu'elles trouvent sa conduite répréhensible comme celle qui a fait naître leurs plaintes l «S'il aimoit la justice, dirment-elles , la refuseroit-il aux personnes qui lui sont unies par des liens si doux, si forts, si sacrés, à qui il doit tenir par tant de motifs d'estime, d'amour, de reconnoissance , et qui peut-être ont mis tout leur bonheur entre ses mains ? »
Les jugemens que nous rendons sur le tribunal peuvent rarement décider de notre probité ; c'est dans les affaires qui nous intéressent particulièrement que notre coeur se développe et se fait connoltre ; c'est là-dessus que le peuple nous juge ; c'est là-dessus qu'il nous craint ou qu'il espère de nous. Si notre conduite est condamnée , si elle est soupçonnée , nous devenons soumis à une espèce de récusation publique ; et le droit de juger que nous exerçons est mis , par ceux qui sont obligés de le souffrir , au rang de leurs calamités.
11 est temps , messieurs , de vous parler de ce jeune prince , héritier de la justice de ses ancêtres conune de leur couronne. L'histoire ne connolt point de roi qui , dans l'âge mûr et dans la force de son gouvernement , ait eu des jours si précieux à l'Europe que ceux de l'enfance de ce monarque. Le ciel avoit attaché au coiu's de sa vie innocente de si grandes destinées , qu'il sembloit être le pupille et le roi de toutes les nations. Les hommes des climats les plus reculés regardoient ses jours comme leurs propres jours. Dans les jalousies des intérêts divers , tous les peuples vivoient dans une crainte commune. Nous , ses fidèles sujets , nous François , à qui on donne l'éloge d'aimer uniquement notre roi, à peine avions-nous en ce point l'avantage sur les nations alliées, sur les nations rivales, sur les nations ennemies. Un tel présent du ciel, si grand par ce qui s'est passé , si grand dans le temps présent , nous est encore pour l'avenir une illustre promesse. Né pour la félicité du genre humain, n'y auroit-il que ces sujets qu'il ne rendroit pas heureux? Il ne sera point comme le soleil , qui donne la vie à tout ce qui est loin de lui , et qui brûle tout ce qui l'approche.
Nous venons de voir une grande princesse ' sortir du deuil dont elle était environnée. Elle a paru , et les peuples divers, dans ces sortes d'ivénemens , uniquement attentifs à leurs intérêts , n'ont regardé que les vertus et les agrémens que le ciel a répandus sur elle. Le jeune monarque s'est incliné sur son cœur ; la vertu nous est garante pour l'avenir de ce tendre amour que les charmes et les grâces ont fait naître.
Soyez, grand roi, le plus heureux des rois. Nous, qui vous
1 . Ce discourg fut prononcé dans le lemps du mariage du roi.
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aiflums , bénissoiui le ciel de ce qu'il a commencé le bonheur de la monarchie par celui de la famille royale. Quelque grande que soit la félicité dont tous Jouissez , yous n'avez rien que ce que vos peuples ont mille fois désiré pour tous: nous implorions tous les jours le ciel; il nous a tout accordé ; piais nous Timplorons encore. Puisse Totre jeunesse être citée à tous les rois qui Tiendront après TOUS I Puissiez-Tous , dans un ftge plus mûr, n'y trouTer rien à reprendre, et, dans les grands engagemens où tous entrez, toujours bien sentir ce que doit à TuniTers le premier des mortels 1 Puissiez-totts toujours cultiver, dans la paix, des Tertus qui ne sont pas moins royales que les Tortus militaires, et n'oubliez jamais que le ciel , en tous faisant naître , a déjà fait toute Totre grandeur, et que , comme Timmense Océan , vous n'aTez rien à acquérir I
Que le prince en qui tous aTez mis Totre principale confiance * , qui ne trouTe TOtre gloire que là où il Toit Totre justice, ce prince infleiible comme les lois mêmes, qui décerne toujours ce quil a résolu une fois; ce prince qui aime les règles et ne connott pas les exceptions , qui se suit toujours lui-même , qui Toit la fin comme le commencement des projets , et qui sait réduire les courtisans aux demandes justes , distinguer leurs serTÎces de leurs assiduités , et leur apprendre qu'ils ne sont pas plus à tous que tos autres sujets , puisse être longtemps auprès de TOtre trône , et y partager avec tous les peines de la monarchie t
ÀTOcats, la cour connott TOtre intégrité, et elle a du plaisir de pouvoir TOUS le dire. Les plaintes contre TOtre honneur n'ont point encore monté jusqu'à elle. Sachez pourtant qu'il ne suffit pas que TOtre ministère soit désintéressé pour être pur. Yous aTez du ^le pour TOS parties^ et nous le louons; mais ce zèle deTient criminel, lorsqu'il tous fait oublier ce que tous doTCz à tos adTersaires. Je sais bien que la loi d'une juste défense tous oblige souTent de ré- Téler des choses que la honte avoit ensevelies; mais c'est un mal que nous ne tolérons que lorsqu'il est absolument nécessaire. Apprenez de nous cette maxime , et souvenez-TOUs-en toujours : hb
niTBS JAMAIS LA TÉRITé AUX OÉPBNS DX TOTRE TBRTU.
Quel triste talent que celui de saToir déchirer les hommes I Les saillies de certains esprits sont peut-être les plus grandes épines de notre ministère; et, bien loin que ce qui fait hre le peuple puisse mériter nos applaudissemens, nous pleurons toujours sur les infortunés qu'on déshonore.
Quoi ! la honte suiTra tous ceux qui approchent de ce sacré tribunal 1 Hélas 1 craint-on que les grâces de la justice ne soient trop pures ? Que peut-on faire de pis pour les parties? On les fait gémir sur leurs succès mêmes, et on leur rend, pour me serTir des
i . Le doc de Bourbon.