Depuis duc de Marlborougb
4(4 ÉLOGE DE BERWÎCK.
retour de la campagne , il se fit naturaliser François , du consentement de la cour de Saint-Germain.
En 1704, le roi l'envoya en Espagne avec dix-huit bataillons et dix-neuf escadrons qu'il devoit commander ; et à son arrivée, le roi d'Espagne le déclara capitaine général de ses armées, et le fit couvrir.
La cour d'Espagne étoit infestée par l'intrigue. Le gouvernement alloit très-mal , parce que tout le monde vouloit gouverner. Tout dégénéroit en tracasseries, et un des principaux articles de sa mission étoit de les éclaircir. Tous les partis vouloient le gagner : il n'entra dans aucun, et, s'attachant uniquement au succès des affaires, il ne regarda les intérêts particuliers que comme des intérêts particuliers; il ne pensa ni à Mme des Ursins, ni à Orry , ni à l'abbé d'Estrées, ni au goût de la reine, ni au penchant du roi; il ne pensa qu'à la monarchie.
Le duc de Berwick eut ordre de travailler au renvoi de Mme des Ursins. Le roi lui écrivit : « Dites au roi mon petit-fils qu'il me doit cette complaisance. Servez-vous de toutes les raisons que vous pourrez imaginer pour le persuader; mais ne lui dites pas que je l'abandonnerai, car il ne le croiroit jamais. » Le roi d'Espagne consentit au renvoi.
Cette année 1704, le duc de Berwick sauva l'Espagne ; il empêcha l'armée portugaise d'aller à Madrid. Son armée étoit plus foible des deux tiers; les ordres de la cour vendent coup sur coup de se retirer et de ne rien hasarder. Le duc de Berwick , qui vit l'Espagne perdue s'il obéissoit, hasarda sans cesse, et disputa tout. L'armée portugaise se retira; M. le duc de Berwick en fit de même. A la fin de la campagne, le duc de Berwick reçut ordre de retourner en France. C'étoit une intrigue de cour ; et il éprouva ce que tant d'autres avoient éprouvé avant lui , que de plaire à la cour est le plus grand service que l'on puisse rendre à la cour, sans quoi toutes les œuvres, pour me servir du langage des théologiens, ne sont que des œuvres mortes.
En 1705, le duc de Berwick fut envoyé commander en Languedoc : cette même année il fit le siège de Nice , et la prit.
En 1706, il fut fait maréchal de France, et fut envoyé en Espagne pour commander l'armée contre le Portugal. Le roi d'Espagne avoit levé le siège de Barcelone, et avoitété obligé de repasser par la France, et de rentrer en Espagne par la Navarre.
J'ai dit qu'avant de quitter l'Espagne , la première fois qu'il y servit, il l'avoit sauvée; il la sauva encore cette fois-ci. Je passe rapidement sur les choses que l'histoire est chargée de raconter; je dirai seulement que tout étoit perdu au commencement de la campagne, et que tout étoit sauvé à la fin. On peut voir, dans les lettres de Mme de Maintenon à la princesse des Ursins , ce que
fatales qui rendent les hommes ennemis des hommes I que le sang humain, ce sang qui souille toujours la terre, soit épargné! et que, pour parvenir à ce grand objet, ce ministre^ nécessaire au monde, ce ministre tel que le peuple françois auroit pu le demander au ciel, ne cesse de donner ces conseils qui vont au cœur du prince, toujours prêt à faire le bien qu'on lui propose , ou à réparer le mal qu'il n'a point fait , et que le temps a produit I
Louis nous a fait voir que , comme les peuples sont soumis aux lois, les princes le sont à leur parole sacrée; que les grands rois, qui De sauroient être liés par une autre puissance , le sont invinciblement par les chaînes qu'ils se sont faites, comme le Dieu qu'ils représentent , qui est toujours indépendant, et toujours fidèle dans ses promesses.
Que de vertus nous présage une foi si religieusement gardée f ce sera le destin de la France , qu'après avoir été agitée sous les Valois, affermie sous Henri , agrandie sous son successeur, victorieuse ou indomptable sous Louis le Grand , elle sera entièrement heureuse sous le règne de celui qui ne sera point forcé à vaincre, et qui mettra toute sa gloire à gouverner.