‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 148 sur 244 · I. — A M. l'abbâ d'Olivet · texte numérisé non relu

I. — A M. l'abbâ d'Olivet

Vienne, 40 mai 4728.

Je vous écris, monsieur mon cher et illustre abbé, et je Toudrois fort que ce fût un moyen de me conserver votre amitié , que je conserverai toute ma vie autant qu'il me sera possible, parce qu'elle est pour moi d'an prix infini. Je suis assez content du séjour de Vienne : les connoissancés y sont très-aisées à faire , les grands seigneurs et les ministres très-accessibles : la cour y est mêlée avec la ville ; le nombre des étrangers y est si grand , qu'on y est en môme temps étranger et citoyen ; notre langue y est si universelle qu'elle y est presque la seule chez les honnêtes gens , et l'Italien y est presque inutile. Je suis persuadé que le françois gagnera tous les jours dans les pays étrangers. La communication des peuples y est si grande qu'ils ont absolument besoin d'une langue commune, et on choisira toujours notre françois. Il seroit aisé de deviner, si on interceptoit cette lettre, que c'est un académicien qui parle à un académicien.

M. de Richelieu est parti d'ici adoré des femmes, et très-estimé des gens sensés. Les deux plus grands hommes de lettres qu'il y ait à Vienne sont le prince Eugène et le général Stahremberg. Si vous pouvez m'envoyer deux exemplaires des Conseils de Mme de Lambert, et deux autres des Éloges du Gzar et de M. Newton, vous me ferez plaisir. Je voudrois leur faire voir ces ouvrages, et je serois bien aise de leur donner bonne opinion de notre France. Il faudra les remettre à M. Robînson, qui aura, j'espère, la bonté de les envoyer par le premier courrier d'Angleterre à Vienne.

Je vous demande pardon si je vous prie de faire pour moi cette petite avance; mais vous aurez peut-être besoin que j'en fasse pour vous, et que je vous achète quelque chose en Allemagne et en Italie. Vous ne sauriez croire dans quelle vénération M. le cardinal * est dans le pays étranger. Agréez , de plus, que je vous demande une grâce. Il y a quelques jours que j'écrivois k H. le cardinal et à M. de Ghauvelin, que je serois bien aise d'être employé dans les cours étrangères, et que j'avois beaucoup travaillé pour m'en rendre capable. Vous me feriez bien plaisir de voir, là-dessus, M. de Ghauvelin ; de tâcher de pénétrer dans quels sentimens il est à mon égard. Je n'ai jamais eu occasion de le connoltre pendant

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