II. — Au PÂRB GbRATI , DE LA CONGRÂOATIOIf DE l'ORATOJRB DE
Saint-Philippe ,
A Rome,
Londres, 21 décembre 4729.
J'eus l'honneur de vous écrire par le courrier passé, mon révérend père; je vous écris encore par celui-ci. Je prends du plaisir à faire tout ce qui peut vous rappeler une amitié qui m'est si chère. J'ajoute
à ce que je vous mandois sur l'aifaire que si monseigneur Fou-
quet ^ exige au delà delà somme que j'ai paruvous fixer, vous pouvez vous étendre et donner plus , et faire , par rapport aux autres conditions , tout ce qui ne sera pas visiblement déraisonnable. Je connois ici le chevalier Lambert, banquier fameux, qui m'a dit être en correspondance avec Belioni. Je ferai remettre sur-le-champ par lui l'argent dont vous serez convenu ; car il me paroît que les volontés deM.Fouquet sont si ambulatoires, qu'il ne vaut pas la peine de rien faire avant qu'ellesne soient fixées.
Je suis ici dans un pays qui ne ressemble guère au reste de l'Europe. Nous n'avons pas encore su le contenu du traité d'Espagne : on croit simplement qu'il ne change rien à la quadruple alliance , si ce n'est que les six mille hommes qui iront en Italie pour faire leur cour à don Carlos seront Espagnols, et non pasneutres« Il court ici tous les jours , comme vous savez , toutes sortes de papiers très-libres et très-indiscrets. Il y en avait im , il y a deux ou trois semaines, dont j'ai été très en colère. Il disoit que M. le cardinal de Rohan avoit fait venir d'Allemagne avec grand soin , pour l'usage de ses diocésains, une machine tellement faite , que Ton pouvoit jouer aux dés, les mêler, les pousser, sans qu'ils reçussent aucune impression de la main du joueur, lequel pouvoit auparavant, par un
4. Jésuite, missionnaire en Cihine, puis évèque mpartibus, Montesquieu traitoit avec lui de la résiliation d'un bénéfice en faveur de l'abbé Duval, son secrétaire.
art illicite, flatter ou brusqaer les dés selon l'occasion : ce qui établissoit la friponnerie dans des choses qui ne sont établies que pour récréer Tesprit. Je vous avoue qu'il faut être bien hérétique et janséniste pour faire de ces mauvaises plaisanteries-là. S'il s'imprime dans l'Italie quelque ouvrage qui mérite d'être lu, je vous prie de me le faire savoir. J'ai l'honneur d'être avec toute sorte de tendresse et d'amitié.
m. — Au KâKX.
Londres, 4" mars 47SO.
Père Gerati) vous êtes mon bienfaiteur; vous êtes comme Otphée: vous faites suivre les rochers. Je mande à l'abbé Duval que je n'entends pas qu'il abuse de l'honnêteté de M. Fouquet , mais qu'il poursuive, et que ce qui reviendra soit partagé k l'amiable entre monseigneur et lui.
Enfin Rome est délivrée de la basse tyrannie de Bénévent , et les rênes du pontificat ne sont plus tenues par ces viles mains. Tous ces faquins , Sainte-Marie à leur tête , sont retournés , dans les chaumières où ils sont nés , entretenir leurs parens de leur ancienne insolence. Goscia n'aura plus pour lui que son argent et sa goutte. On prendra tous les Bénéventins qui ont volé , afin que la prophétie s'accomplisse sur Bénévent : Vox in Rama audita est; Raehelplorang filios suos noluit eofisolari, quia non sunt, (Matt. , ii, 18.)
Donnez-nous un pape qui ait un glaive comme saint Paul, non pas un rosaire comme saint Dominique , ou une besace comme saint François. Sortez de votre léthargie : Exoriare aliquit, N'avez-voos point de honte de nous montrer cette vieille chaire de saint Pierre avec le dos rompu, et pleine de vermoulure? Voulez-vous qu'on regarde votre coffre, où sont tant de richesses spirituelles, comme une botte d'orviétan ou de mithridate? En vérité, vous faites un bel usage de votre infaillibilité I vous vous en servez pour prouver que le livre de Quesnel ne vaut rien , et vous ne vous en servez pas ponr décider que les prétentions de l'Empereur sur Parme et Plaisance sont mauvaises ! Votre triple couronne ressemble à cette couronne de laurier que mettoit Gésar , pour empêcher qu'on ne vît qu'il étoit chauve. Mes adorations à M. le cardinal de Polignac. Je fus reçu il y a trois jours membre de la Société royale de Londres. On y pvla d'une lettre de M. Thomas Dhisamàson frère, qui demandoit le sentiment de la Société sur les découvertes astronomiques de M. Bianchim. Embrassez, s'il vous plaît, de ma part, l'abbé, le cher abbé Niccolini. Je vous salue, cher père, de tout mon cœur.