VI. — A l'abbé Niccolini
A Florence,
Bordeaux, 6 mars 4740.
J'ai reçu, cher et illustre abbé, avec une véritable joie la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Vous êtes un de ces hommes que l'on n'oublie point, et qui frappez une cervelle de votre souvenir. Mon cœur, mon esprit sont tout à vous, mon cher abbé.
Vous m'apprenez deux choses bien agréables : l'une que nous verrons monseigneur Gerati en France ; l'autre, que Mme la marquise Ferroni se souvient encore de moi. Je vous prie de cimenter auprès de l'un et de l'autre cette amitié que je voudrois tant mériter. Une des choses dont je prétends me vanter, c'est que moi, habitant d'au delà des Alpes, aie été aussi enchanté d'elle qne vous tous.
Je suis à Bordeaux depuis un mois,' et j'y dois rester trois ou quatre mois encore. Je serois inconsolable si cela me faisoît perdre le plaisir de voir le cher Gerati. Si cela étoit, je prétendrois bien qu'il vînt me voir à Bordeaux. Il verroit son ami ; mais il verroit mieux la France , où il n'y a que Paris et les provinces éloignées qui soient quelque chose , parce que Paris n'a pas pu encore les^dévorer. Il feroitles deux côtés du carreau lieu de faire la diagonale, et verroit les belles provinces qui sont voisines de l'Océan , et celles qui le sont de la Méditerranée.
Que dites-vous des Anglois? voyez comme ils couvrent tontes les mers. G'est une grande baleine : Et kUum sub peetore possidet xquor, La reine d'Espagne a appris à l'Europe un grand secret : c'est que les Indes, qu'on croyoit attachées à l'Espagne par cent mille chatnes , ne tiennent qu'à un fil. Adieu, mon cher et illustre abbé ; accordez-moi les sentimens que j'ai pour vous. Je suis avec toute sorte de respect.
Économiite, parent du pape Clément XII.