‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 161 sur 244 · XIII. — Au MâMB · texte numérisé non relu

XIII. — Au MâMB

LaBrède, 40 février 4745.

Je serai en ville après-demain. Ne tous engagez pas à dîner, mon cher abbé, pour Tendredi; tous êtes invité chez le président Barbot. Il faudra y être arrivé à dix heures précises du matin , pour commencer la lecture du grand ouvrage que vous savez : on lira aussi après dîner : il n'y aura que vous , avec le président et mon fils ; vous y aurez pleine liberté de juger et de critiquer.

Je viens d'envoyer votre anacréontique * à ma fille ; c'est une pièce charmante, dont elle sera fort flattée. «*ai aussi lu votre étrenne ou épitre pétrarquesque à Mme de Pontac; elle est pleine d'idées agréables. Vabbé, tous êtes poète, et on diroit que vous ne vous en doutez pas. Adieu.

XIY. — A KADAMB LA COMTESSE DE PONTAC

De Clérae à Bordeaux,

Vous êtes bien aimable , madame , de m'avoir écrit sur le mariage de ma fille ; elle et moi vous sommes très-dévoués ; et nous vous demandons tous deux l'honneur de tos bontés. J'apprends que les jurats ont enToyé une bourse de jetons, de Telours brodé, à l'abbé Yenuti : je croyois qu'ils ne sauroient pas faire cela même. Le présent n*e8t pas important; mais c'est le présent d'une grande cité; et

4 . Ce sont des vers que l'abbé de Guasco avoit écrits pour Mlle de Montesquieu, i roccasion du jour de l'an*

ce régal auroit encore très-bon air en Italie : mais là il n*a pas besoin de bon air, parée que l'abbé y est si oomitt, qu'on ne ptut rien i^fouter à sa oonsidération. Dites , je tous prie, à l'abbé de Guasco que je ne puis comprendre comment les échos ont pu porter à monsieur le Mercure de Paris des vers faits dans le bois de la Brède. Je suis fort l&ché de ne l'avoir pas su plus tôt , parce que j'aurois donné ce sonnet en dot à ma fille. J'ai l'honneur d'être, madame, avec toute sorte de respect.

XY. «^ A 1C0KSE16NEUE GbBATI.

Sordeanx, le . « . . Juin 4746.

J'apprends, monseigneur, par votre lettre, que vous êtes arrivé heureusement à Pise. Gomme vous ne me dites rien de vos yeux, j'espère qu'ils se seront fortifiés. Je le souhaite bien,, et que vous puissiez jouir agréablement de la vie pour vous et pour les déUces de vos amis. Vous m'exhortez à publier.... Je vous exhorte fbrt vousmême à nous donner une relation des belles réflexions que vous avez faites dans les divers pays que vous avez vus. Il y a beaucoup de gens qui payent les chevaux de poste ; mais il y a peu de voyageurs, et il n'y en a aucun conmie vous. Dites à Vabbé Niccollini qu'il nous doit un voyage en France ; et je vous prie de l'assurer de l'amitié la plus tendre.

Je voudrois bien pouvoir vous tenir tous deux dans la terre de la Brède , et là* y avoir de ces conversations que l'ineptie ou la folie de Paris rendent rares. J'ai dit à M. l'abbé Venuti que ses médailles étoient vendues. Nous avons ici l'abbé de Guasco , qui me tient fidèle compagnie à la Brède. Il me charge de vous faire bien des complimens. Il faut avouer que lltalie est Une belle chose , car tout le monde veut l'avoir. Voilà cinq années qui vont se la disputer. Pour notre Guienne , ce ne sont que des armées de gens d'affaires qui en veulent faire la conquête , et ils la font plus sûrement que le comte de Gages. Je crois qu'à présent il se fait bien des réflexions sous la grande perruque du marquis d'Orméa. Je n'irai à Paris d'un an tout au plus tôt. Je n'ai pas un sou pour aller dans cette ville , qui dévore les provinces, et que l'on prétend donner des plaisirs, parce qu'elle fait oublier la vie. Depuis deux ans que je suis ici , j'ai continuellement travaillé à la chose dont vous me parlez' ; mais ma vie avance , et l'ouvrage recule à cause de son immensité : vous pouvez être bien sûr que vous eu aurez d'abord des nouvelles. On m'avertit que mon papier finit. Je vous embrasse mille fois.

i , VEsprit des Lois.

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