‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 200 sur 244 · LXI. — A MADAME LA MARQUISE DU DbFFAND · texte numérisé non relu

LXI. — A MADAME LA MARQUISE DU DbFFAND

De la Brède, 4 5 juin 4764.

Je vous avois promis , madame , de vous écrire ; mais que vous manderai-je dont vpus puissiez vous soucier? Je vous offre tous les regrets que j'ai de ne plus vous voir. A présent que je n'ai que des objets tristes, je m'occupe à lire des romans;* quand je serai plus heureux , je lirai de vieilles chroniques pour tempérer les biens et les maux : mais je sens qu'il n'y a pas de lecture qui puisse remplacer un quart d'heure de ces soupers qui faisoient mes délices. Je vous prie de parler de moi à Mme du Ghâtel. J'apprends que les re< quêtes du palais n'ont pas été favorables à Mme de Stalnville; diteslui combien je suis sensible à tout ce qui la touche , et cette personne charmante, qui n'aura jamais de rivale aux yeux de personne

que madame sa mère. Parlez aussi de moi à ce président qui me touche comme les Grâces et m^înstruit comme Machiavel, qui ne se soucie point de moi , parce qu*il se soucie de tout le monde , et dont i'espère toujours d'acquérir l'estime, sans jamais pouvoir espérer les sentimens. Je n'aurois jamais fini, si je voulois suivre cette phrase; mais c'est assez le désobliger pour le mal que je lui veux.

Je n'entends ici parler que de vignes, de misère et de procès , et je suis heureusement assez sot pour m'accuser de tout cela , c'est-à- 'dire pour m'y intéresser. Mais je ne songe pas que je vous ennuie à la mort , et que la chose du monde qui vous fait le plus de mal , c'est l'ennui; et je ne dois pas tous tuer, comme font les Italiens, par une lettre.

Je vous supplie, madame, d'agréer mon respect.

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