‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 65 sur 244 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

conçu, il fut bien exécuté. Ces nations ne demandoient que la subsistance : on leur donnoit les plaines ; on se résenroit les pays montagneux, les passages des rivières , les défilés, les places sur les grands fleuves ; on gardoit la souveraineté. Il y a apparence que ces peuples auroient été forcés de devenir Romains ; et la facilité avec laquelle ces destructeurs furent eux-mêmes détruits par les Francs, par les Grecs, par les Maures, justifie assez cette pensée. Tout ce système fut renversé par une révolution plus fatale que toutes les autres : Tannée dltalie composée d'étrangers, exigea ce qu'on avoit accordé à des nations plus étrangères encore; elle forma sous Odoacer une aristocratie qui se donna le tiers des terres de l'Italie ; et ce fût le coup mortel porté à cet empire.

Parmi tant de malheurs on cherche avec une curiosité triste le destin de La ville de Rome. Elle étoit pour ainsi dire sans défense; elle pouvoit être aisément afiamée ; l'étendue de ses murailles faisoit qu'il étoit très-difficile de les garder. Gomme elle étoit située dans une plaine, on pouvoit aisément la forcer; il n'y avoit point de ressource dans le peuple, qui en étoit extrêmement diminué. Les empereurs furent obligés de se retirer à Ravenne, ville autrefois défendue par la mer, comme Venise l'est aujourd'hui.

Le peuple romain , presque toujours abandonné de ses souverains , commença à le devenir et à faire des traités pour sa conservation * : ce qui est le moyen le plus légitime d'acquérir la souveraine puissance. C'est ainsi que l'Armorique et la Bretagne conunencèrent à vivre sous leurs propres lois *.

Telle fut la fin de l'empire d'Occident. Rome s'étoit agrandie parce qu'elle n'avoit eu que des guerres successives, chaque nation, par un bonheur inconcevable , ne l'attaquant que quand l'autre avoit été ruinée. Rome fut détruite parce que toutes les nations l'attaqué* rent à la fois et pénétrèrent partout.

Chap. XX. *— Des conquêtes de Justinien. — De son gouvernement.

Conmie tous ces peuples entroient pêle-mêle dans l'empire, ils s'incommodoient réciproquement ; et toute la politique de ces temps-là fut de les armer les uns contre les autres : ce qui étoit aisé, à cause de leur férocité et de leur avarice. Us s'entr&Klétruisirent pour la plupart avant d'avoir pu s'établir ; et cela fit que l'empire d'Orient subsista encore du temps.

D'ailleurs, le nord s'épuisa lui-même, et l'on n'en vit plus sortir ces années innombrables qui parurent d'abord; car, après les pre-

4. Du temps d'HonoriuB, Alaric, qui assiégeoit Rome, obligea cette v>ll« i prendre son alliance même contre l'empereur, qui ne put s'y opposer. (Procope, Guerre des Goths, liv. 1.) Voy. Zosime, liv. VI.

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