CHAPITRE XXI. iOi
illa par les soldats, par le clergé, par le sénat, par les paysans, parle peuple de Gonstantinople, par celui des autres villes.
la religiou chrétienne étant devenue dominante dans l'empire , il s'âeya successivement plusieurs hérésies qu'il fallut condamner. Anus ayant nié la divinité du Verbe; les macédoniens, celle du Saint-Esprit; Nestorius, l'unité de la personne de Jésus-Christ; Eutychès, ses deux natures; les monothélites, ses deux volontés, il Ikliat assembler des conciles contre eux ; mais les décisions n'en ayant pas été d*abord universellement reçues , plusieurs empereurs sédmts revinrent aux erreurs condamnées. Et, comme il n'y a jamais eu de nation qui ait porté une haine si violente aux hérétiques que les Grecs, qui se croyoient souillés lorsqu'ils parloient à un hérétique, ou habitoient avec lui, il arriva que plusieurs empereurs perdirent l'affection de leurs sijgets; et les peuples s'accoutumèrent à penser que des princes si souvent rebelles à Dieu n'avoient pu être choisis par la Providence pour les gouverner.
Une certaine opinion, prise de cette idée qu'il ne falloit pas répandre le sang des chrétiens, laquelle s'établit de plus en plus lorsque les mahométans eurent paru , fit que les crimes qui n'intéresaoient pas directement la religion furent foiblement punis : on se contenta de crever les yeux, ou de couper le nez ou les cheveux , ou de mutiler de quelque manière ceux qui avoient excité quelque réyolte , ou attenté à la personne du prince * ; des actions pareilles purent se commettre sans danger, et mâme sans courage.
Un certain respect pour les omemens impériaux fit que l'on jeta d'abord les yeux sur ceux qui osèrent s'en revêtir. C'étoit un crime <ie porter ou d'avoir chez soi des étoffes de pourpre; mais dès qu'un hoznme s'en vètissoit *, il étoit d'abord suivi, parce que le respect ^it plus attaché à l'habit qu'à la personne.
L'ambition étoit encore irritée par l'étrange manie de ces temps* ^1 n'y ayant guère d'homme considérable qui n'eût par devers lui quelque prédiction qui lui promettoit l'empire.
Comme les maladies de l'esprit ne se guérissent guère * , l'astre- ^ie judiciaire et l'art de prédire par les objets vus dans l'eau d'un l)>ssin avoient succédé, chez les chrétiens, aux divinations parles entrailles des victimes ou le vol des oiseaux , abolies avec le pagalûsme. Des promesses vaines furent le motif de la plupart des entreprises téméraires des 'particuliers , comme elles devinrent la aagesse du conseil des princes.
Les malheurs de Tempire croissant tous les jours , on fut natu-
4. Zenon contribua beaucoup A établir ce relâchement. Yoy. Malcbus , Binaire bytaniine^ dans V Extrait des ambassades, 2. On diroil aujourd'hui revêtait. (Éd.) 3- Yox. Nicélaa, Fié d'jindronie Cohutène,
i02 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,
rellement porté à attribuer les mauvais succès dans la guerre, et le? traités honteux dans la paix, à la mauvaise conduite de ceux qui gouvemoient.
Les révolutions mêmes firent les révolutions, et Teffet devint luimême la cause. Comme les Grecs avoient vu passer successivement tant de diverses familles sur le trône, ils n'étoient attachés à aucune; et la fortune ayant pris des empereurs dans toutes les conditions , il n*y avoit pas de naissance assez basse ni de mérite si mince qui pût ôter Tespérance.
Plusieurs exemples reçus dans la nation en formèrent Tesprit général, et firent les mœurs , qui régnent aussi impérieusement que les lois.
Il semble que les grandes entreprises soient parmi nous plus difficiles à mener que chez les anciens. On ne peut guère les cacher, parce que la communication est telle aujourd'hui entre les nations que chaque prince a des ministres dans toutes les cours , et peut avoir des traîtres dans tous les cabinets.
L'invention des postes fait que les nouvelles volent et arrivent de toutes parts.
Comme les grandes entreprises ne peuvent se faire sans argent, et que depuis Vinvention des lettres de change les négocians en sont les maîtres, leurs affaires sont très-souvent liées avec les secrets de l'Ëtat; et ils ne négligent rien pour les pénétrer.
Des variations dans le change, sans une cause connue, font que bien des gens la cherchent» et la trouvent à la fin.
L'invention de Timprimerie, qui a mis les livres dans les mains de tout le monde; ceUe de la gravure, qui a rendu les cartes géo* gn^hiques si communes; enfin l'établissement des papiers poli* tiques, font assez connoître à chacun les intérêts généraux pour pouvoir plus aisément être éclairci sur les &its secrets.
Les conspirations dans l'Ëtat sont devenues difficiles, parce que, depuis rinvention des postes, tous les secrets particuliers sont dans le pouvoir du public.
Les princes peuvent agir avec promptitude , parce qu'ils ont les forces de TËtat dans leurs mains : les conspirateurs sont obligés d'agir lentement, parce que tout leur manque; mais, à présent que tout s'éclaircit avec plus de facilité et de promptitude, pour peu que ceax*ci perdent de temps à s'arranger, Us sont découverts.
Ghap. XXn. -— PotbUtte de Vempire â^Orient.
Phocas, dans la confusion des choses, étant mal affermi, Héraclius vint d'Afrique, et le fit mourir; il trouva les provinces envahies et les légions détruites.
A peine avoit-il donné quelque remède à ces maux, que les