XXX " ÉLOGE DE MONTESQUIEU
on vouloit. sans s'en apercevoir jouir de lui aux dépens de lui-même. A peine la nouvelle du danger oii il étoit se fut-elle répandue, qu'elle. devint l'objet des conversations et de l'inquiétude publique. Sa maison ne désemplissoit point de personnes de tout rang qui venoient s'informer de son état, les unes par un intérêt véritable, les autres pour s'en donner l'apparence ou pour suivre la foule. Sa Majesté, pénétrée de la perte que son royaume alloit &ire, en demanda plusieurs fois des nouvelles : témoignage. de bonté et de justice qui n'honore pas moins, le . monarque que le sujet. La fin de M. de Montesquieu ne fut point indigne de sa vie. Accablé de douleurs cruelles, éloigné d'une famille à qui il étoit cher, et qui n'a pas. eu la consolation de lui fermer les yeux, entouré de quelques amis et d'un plus grand nombre de . spectateurs , il conserva jusqu'au dernier moment la paix et l'égalité de son ame. Enfin , après avoir satisfait avec décence à tovt& ses devoirs , plein de c<mfiance en l'Être éternel auquel il alloit se rejoindre, il mourut avec la tranquillité d'un homme de bien qui n'a voit jamais consacré ses talents qu'à l'avantage de la vertu et de . l'humanité. La France et l'Europe le perdirent le jo février i^SS, à l'âge de soixante-six ans révolus.
Toutes les nouvelles publiques ont annoncé cet événement comme une calamité. On pourroit appliquer à M. de Montesquieu ce qui a été dit autrefois d'un illustre Romain, que personne, en apprenant sa mort, n'en témoigna de joie, que personne même ne l'oublia dès qu'il ne fut plus. Les étrangers s'empressèrent de