LETTRE CXVIII
USBEK A RHÉDI
Nous n'avons plus rien à dire dé l'Asie et de l'Europe ; passons à l'Afrique. On ne peut guère parler que de ses cotes, parce qu'on n'en connoît pas
l'intérieur.
Celles de Barbarie , où la religion mahométane est établie, ne sont plus si peuplées qu'elles étoient du temps des Romains, par les raisons que je t'ai déjà dites. Quant aux côtes de la Guinée, elles doivent être furieusement dégarnies depuis deux cents ans que les petits rois ou chefs des villages vendent leurs sujets aux princes de l'Europe pour les porter dans leurs colonies en Amérique.
Ce qu'il y a de singulier, c'est que cette Amérique, qui reçoit tous les ans tant de nouveaux habitants, est elle-même déserte, et ne profite point des pertes continuelles de l'Afrique. Ces esclaves qu'on transporte dans un autre climat y périssent à milliers ; et les travaux »des mines où Ton occupe sans cesse et les naturels du pays et les étrangers, les exhalaisons malignes qui en sortent , le vif-argent dont il faut faire un continuel usage , les détruisent sans ressource.
Il n'y a rien de si extravagant que de faire périr un nombre innombrable d'hommes pour tirer du fond de la terre l'or et l'argent , ces métaux d'euxmêmes absolument inutiles , et qui ne sont des richesses que parce qu'on les a choisis pour en être les signes.
. De Paris, le denûer de la lune de Cbahban, 1718,
LEttRES PERSANES. agi