LETTRE CXXIV
USBEK A RHÉDI
A Venise.
Quel peut être le motif de ceslibéralitésimmenses que les princes versent sur leurs courtisans?Veulentils se les attacher? ils leur sont déjà acquis autant qu'ils peuvent l'être , et d'ailleurs , s'ils acquièrent quelques uns de leurs sujets en les achetant, il faut bien y par la même raison , qu'ils en perdent une infinité d'autres en les appauvrissant.
Quand je pense à la situation des princes , toujours entourés d'hommes avides et insatiables , je ne puis que les plaindre; et je les plains encore davantage lorsqu'ils n'ont pas la force de résister à des demandes touîours onéreuses à ceux qui ne demandent rien.
Je n'entends jamais parler de leurs libéralités , des grâces et des pensions qu'ils accordent, que je UQ me livre à mille réflexions : une foule d'idées se présente à mon esprit; il me semble que j'entends publier cette ordonnance :
a Le courage infatigable de quelques uns de
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« DOS sujets à nous demander daa^ pensions ayant a exercé sans relâche notre magnificence royale , ce nous avons enfin cédé à la multitude des rec( quêtes qu'ils nous ont présentées, lesquelles ont ce fait jusqu'ici la plus grande sollicitude du trône, a Ils nous ont représenté qu'ils n'ont point manqué, « depuis notre avènement à la couronne , de se « trouver à notre lever , que nous les avons tou- « jours vus sur notre passage, immobiles comme a des bornes , et qu'ils se sont extrêmement élevés a pour regarder , sur les épaules les plus hautes » « notre sérénité. Nous avons même reçu plusieurs c requêtes de la part de quelques personnes du « beau sexe, qui nous ont supplié de faire attention « qu'il est notoire qu'elles sont d'un entretien a très difficile; quelques unes même très surannées « nous ont prié, branlant la tête, de faire atteiition « qu'elles ont fait l'ornement de la cour des. rois «c nos prédécesseurs; et que, si les généraux; de « leurs armées ont rendu l'état redoutable par ce leurs faits militaires , elles n'ont point rendu là ce cour moins célèbre par leurs intrigues. Ainsi, « désirant traiter les suppliants avec bonté et leur « accorder toutes leurs prieras > nous, levons qvd donné ce qui suit :
ff Que tout laboureur ayant cipq enfanta retrantf chera journellement la cinquij^qie partie du pain « qu'il leur donne. Enjoignons aux pères de fa-
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« mille de faire la diminution sur chacun d'eux « aussi juste que faire se pourra.
« Défendons expressément à tous ceux qui s'ap- « pliquent à la culture de leurs héritages , ou qui a les ont donnés à titre de ferme , d'y faire aucune « réparation , de quelque espèce qu'elle soit.
« Ordonnons que toutes personnes qui s'exerce cent à des travaux vils et mécaniques , lesc[ueHes a n'ont jamais été au lever de notre majesté, fc n'achètent désormais d'habits à eux , à leurs « femmes, et à leurs enfants, que de quatre ans a en quatre ans; leur interdisons en outre très « étroitement ces petites réjouissances qu'ils « avoient coutume de faire dans leurs familles les ce principides fêtes de l'année.
« Et, d'autant que nous demeurons averti que V la plupart des bourgeois de nos bonnes villes « sont entièrement oecupés à pourvoir à l'établis- « sèment de leurs filles, lesquelles ne se sont a rendues recommandables dans liotre état que « par une triste et ennuyeuse modestie ; nous a ordonnons qu'ils attendront à les marier jusqu'à <c ce qu'ayant atteint l'âge limité par les ordbn- « nancês, elles viennent aies y contraindre./ Défen- « donsà nOs magisti*atside pourvoir à* l'éducation « de leurs enfants. »
D« Pftrit, U pveiaîier de la Inné dt Cha&al, 17 19.
ao.
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