AVERTISSEMENT DU NOUVEL ÉDITEUR
même qu'il s'égare; et, comme on l'a fort bien dit, ses erreurs font penser.
\] Esprit des lois , si fécond en aperçus élevés, en maximes profondes , en lumineuses théories , est le livre le plus rempli oe faits qui existe. Cet ouvrage, s'il n'étoit pas l'une des créations les plus importantes de l'esprit humain, seroit encore un trésor d'érudition. A l'aspect d'un si beau traité, où le génie semble avoir lutté d'efforts avec la patience, où l'inspiration et le travail se sont pour ainsi dire mutuellement aidés et secourus , on ne peut se défendre de la plus vive admiration ; on est contraint d'avouer que cette réunion de qualités si différentes font de Montesquieu un homme à part , qui restera sans rivaux comme il fut sans modèle.
L'édition que nous présentons au public offre une division nouvelle. Jusqu'ici la série des œuvres de Montesquieu commençoit par Y Esprit des lois, et finissoit par ses productions d'une moindre étendue. Cette distribution nous a paru offrir plusieurs inconvénients; et particulièrement celui de rompre l'enchaînement des travaux de l'écrivain ; d'intervertir la progression de ses idées , et les diverses périodes de son talent. C'est up spectacle plein d'intérêt et d'instruction , de voir un homme de génie se manifester, essayer ses forces, croître el;
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s'a^ndir ; d'étudier la marche de son esprit, de surprendre les diverses transformations et modifications que ses opinions et ses pensées subissent en mûrissant. Ainsi Ion aime à voir la jeunesse pleine d'audace de Montesquieu se répandre et déborder dans les Lettres persanes y et, déjà plus modérée àans \2L Grandeur des Bomains, se régler enfin dans \ Esprit des lois. C'est toujours la même élévation de génie; mais, en avançant dans la vie, l'écrivain a changé de point de vue; l'étude a éclairé ses opinions , l'observation les a mûries , et après avoir dans ses premiers écrits reculé les limites de l'esprit réformateur , revenu à des idées moins absolues, il déclare enfin, dans V Esprit des lois y que «l'excès de la raison n'est pas toujours désirable, et que les hommes s'accommodent presque toujours mieux des milieux que des extrémités. »
Nous rétablissons les divers ouvrages de Montesquieu dans l'ordre où ils ont été composés. Les Lettres persanes forment le premier volume; les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence , et quelques opuscules politiques forment le second. Vient ensuite Y Esprit des lois, qui, avec la Défense et la table des matières , se compose de trois volumes ; le sixième contient le recueil des œuvres diverses de Montesquieu. Les Lettres persanes sont