USBEK AU PREMIER EUNUQUE BLANC
Vous devez trembler à l'ouverture de cette lettre , ou plutôt vous le deviez lorsque vous souffrîtes la perfidie de Nadir. Vous qui , dans une vieillesse froide et languissante , ne pouvez sans crime lever les yeux sur les redoutables objets de mon amour, vous à qui il n'est jamais permis de mettre un pied sacrilège sur la porte du lieu terrible qui les dérobe à tous les regards, vous souffrez que ceux dont la conduite vous est confiée aient fait ce que vous n'auriez pas la témérité de faire ; et vous n'apercevez pas la ibudre toute prête à tomber sur eux et sur vous!
Et qui êtes-vous, que de vils instruments que Je
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5o LETTRES PERSANES. *
puis briser à ma fantaisie , qui n'existez qu'autant que vous savez obéir; qui n'êtes dans le monde que pour vivre sous mes lois , ou pour mourir dès que je l'ordonne , q»i ne respirez qu'autant que mon bonheur, mon amour, ma jalousie même, nnt besoin de votre basseSIe ; et enfin qui ne pouvez avoir d'autre partage que la soumission , d'autre ame que mes volontés , d'autre espérance que ma félicité?
J« sais que quelques unes de mes femmes souffrent impatiemment les lois austères du devoir ; que la présence continuelle d'un eunuque noir les ennuie; qu'elles sont fatiguées de ces objets affreux qui leur sont donnés pour les ramener à leur époux; je le sais : mais vous qui vous prêtez à ce désordre, vous serez puni d'une manière à faire trembler tous ceux qui abusent de macoi^nce. '
Je jure par toiis les pi'ophètes du ciel , et par Hali, le plus grand de tous, que, si vous. vous écartez de votre devoir, je regarderai votre vie comme celle des insectes que je trouve soiiâ mes pieds.
De Smym»^ le la. de la lune de ZUcadé, x^ii.
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