‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 3)Chapitre 35 sur 158 · TTSBEK A SON AMI IBBEN · texte numérisé non relu

TTSBEK A SON AMI IBBEN

A Stnynt.

Nous sommes arrivés à Livourne dans quarante jours de navigation. C'est une ville nouvelle; elle est un témoignage du génie des ducs de Toscane, qui ont fait d'un village marécageux la viUe d'Italie la plus florissante.

Les femmes y jouissent d'une grande liberté; elles peuvent voir les hommes à travers certaines fenêtres qu'on nomme jalousies; elles peuvent sortir tous les jours avec quelques vieilles qui tes accompagnent ; elles n'ont qu'un voile ' . Leurs

' Les Persanes en ont quatre.

UETTRES PERSAKES. 53

beaux-frères , leurs oncles , leurs neveux , peuvent; les voir sans que le 9iari 3!en formalise presque jamais.

C'est un grand spectacle pour un mahométan de voir pour la première fois Une ville chrétienne-. Je ne parle pas des choses qui frappent d'abord tous les yeux, comme la différence des édifices ^ des habits, des principales coutumes : il y a, jus^ que dans les moindres bagatelles, quelque chose de singulier que je sens et que je ne sais pas dire.

Nousr partirons demain pour Marseille : notre séjour n'y sera pas long. Le dessein de Rica et le mien est de nous rendre incessamment à Paris, qui est le siège de l'empire d'Europe. Les voyageurs cherchent toujours les grandes viUes, qui sont une espèce de patrie commune à tous les étrangers. Adieu. Sois persuadé que je t'aimerai toujours.

De Livonme, le /a de la lune de Sapliar, 1712^

54 LFFl^RES PERSANES.

Page 1