‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 4)Chapitre 167 sur 168 · SOLIM A USBEK · texte numérisé non relu

SOLIM A USBEK

A Paris.

Je me plains , inagoifique seigneur, et je te plains : jamais serviteur fidèle n'est descendu dans Taffi^ox désespoir où je suis. Voici tes malheurs et les miens; je ne t'en ëcris qu'en tremblant.

Je jure par tous les prophètes du ciel que depuis que tu m'as confie tes femmes j'ai veillé nuit et jour sur elles; que je n'ai jamais suspendu un moment le cours de mes inquiétudes. J'ai commencé mon ministère par les châtiments, et je les ai suspendus sans sortir de mon austérité naturelle.

Mais que dis*je ? Pourquoi te vanter ici une fidé« lité qui t'a été inutile ? Oublie tous mes services passés ; regarde-moi comme un traître, et punis^moi de tous les crimes que je n'ai pu empêcher.

Roxane , la superbe Roxane.... ô ciel ! à qui se fier désormais? Tu soupçonnois Zélis, et tu avois pour Roxane une sécurité entière : mais sa vertu farouche étoit une cruelle imposture ; c'étoit le voile de sa perfidie. Je l'ai surprise dans les bras d'un jeune homme, qui, dès qu'il s'est vu découvert , est venu sur moi; il m'a donné deux coups de poignard. Les eunuques , accourus au bruit , l'ont entoure : il s'est défendu long-temps , en a blessé plusieurs ; il vouloit même rentrer dans la chambre pour mourir,

disoit il , aux yeux de Roxane. Mais enfin il a cédé au nombre, et il est tombé à nos pieds.

Je ne sais si j'attendrai, sublime seigneur, tes ordres sévères. Tu as mis ta yengeance en mes mains ; je ne dois pas la faire languir.

Du sérml d'Ispahan^ le S Jeta lune dêReUab , i , 1720.

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