‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 4)Chapitre 22 sur 168 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

Les princes des grands étals ont ordinaîreineiit peu de pays voisifis qui puissent être rofa|et de leur ambition : s'il y en avoit eu de tels, ils aaroient Àé enveloppés.^ns le cours de la conquête. Us sont donc bornés par des mers^ des montagnes et de vastes déserts, que leur pauvreté fait mépriser. Aussi les Romains laissèrent -ils les Germains dans leurs forêts ^ et les peuples du Nord dans leuis gkoes ; et il s'y conserva ou même il s'y forma des nations qui enfin les asservirent eux-mêmes.

Sous le règne de Gallus , un grand nombre ds nations, qui se rendirent ensuite plus célèbres, ravagèrent TEûrope; et les Perses, ayant envahi la Syrie , ne quittèrent leurs conquêtes que pour con^ server leur butin.

Ces essaims de barbares qui sortirent autrefois da Nord ne pairoissent plus aujourd'hui. Les violences des Romains àvoient fait retirer les peuples du Midi au Nord : tandis que la force qui les oontenoit subsista , ils y restèrent ; quand elle fut afibibite , ils se répandirent de toutes patts (i). La même chose arriva quelques siècles après. Les conquêtes de Charlemagne et ses tyranfnies avoient une seconde fois fait reculer les peuples du Midi au Nord : sitôt que cctempire fut afToiblt , ils se portèrent une seconde fois du Nord au Midi. £t , si aujourd'hui un prince faisoit ^en Europe les mêmes ravages, les nations

(i) On voit à quoi se réduit la fameuse question^ Pomt- ^uoi le Nord n'est plus ti peuplé qu'autre/ois y

repoussées dans le Nord , adossées aux limites de l'unÎTers, 7 tiendroient ferme jusqu'au moment qu'elles inonderoieut et coaquerroient FEurope une troisième fois.

L'aflfreux déâfordre qui étoit dans la succession à Tempire étant venu à son comble , on vit paroître sur la fin du règne de Valérien , et pendant celui de Gallien son fils , trente prétendants divers , qui , sVtant la plupart entre-détruits, ayant eu un règne très-court, furent nommés tyrans.

Valérien ayant été pris par les Perses, et Gallien son fils négligeant les adaires, les barbares péné« trèrent partout; l'empire se trouva dans cet état où il (ut environ un siècle après en Occident (t); et il auroit dès lors été détruit sans un concours heureux de circonstances qui le relevèrent.

Odenat , prince de Palmyre , allié des Romains , chassa les Perses^ qui avoient envahi presque toute TAsie. La ville de Rome fit une armée de ses ci^ toyens, qui écarta les barbares qui venoient la piller. Une armée innombrable de Scythes , qui passoient la mer avec six mille vaisseaux , périt par les nau-^ frages, la misère, la &im , et sa gtandeur même. Et Gallien ayant été tué , Claude , Aurélien , Tacite et Probus , quatre grands hommes qui , par un grand bonheur, se succédèrent, rétablirent l'empire prêt a périr.

(i) Cent cinquante ans après, tout Honorint, les bar* bares renvahircnt.

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