TOME IV
état, mais la perte imaginaire et le découragement qui le prive des forces mêmes que la fMrtuoe lut avoit laissées.
Il y a des choses que tout le monde dit , parce qu'elles oui été dites une fois. On croit qu'Annîbal fit une faute insigne de n'avoir point été assiéger Rome après la bataille de Cannes. U est vrai que d'abord la frayeur y fut extrême ; mais il n'en est pas de la consternation d'un peuple belliqueux , qui se tourne presque toujours en courage , comme de celle d'une vile populace qui ne sent que sa ibiblesse. Une preuve qu'Annibal n'auroit pas réussi, c'est que les Romains se trouvèrent encore en état d'envoyer partout du secours.
On dit encore qu'Annibal fit une grande foute de mener son armée à Capoue , où elle s'amollit : mais l'on ne considère point que l'on ne remonte pas à la vraie cause. Les soldats de cette armée , devenus riches après tant de victoires , n auroient-ils pas trouvé partout Capoue ? Alexandre , qui commandoit à ses propres sujets , prit dans une occasion pareille un expédient qu'Annibal, qui n'avoit que des troupes mercenaires , ne pouvoit pas prendre : il fit mettre le feu au bagage de ses soldats , et brûla toutes leurs richesses et les siennes. On nous dit que Kouli-kan, après la conquête des Indes, ne laissa à chaque soldat que cent roupies d'argent, (i)
(i) Histoire de saNie. Paris ^ 174^9 page 4oa.
DES ROMAINS, CHAP. lY. 95
Ce fiirem les conquêtes mêmes d' Aimibal qui cornneac^m à changfer la fortune de cette guerre. Il n'avoît pas été envoyé en Italie par les magistrats de Garthage ; il recevott très-peu de secours , soit par la jalousie d'un parti , soit par la trop grande c(Hi6ance de l'autre. Pendant qu'il resta avec son armée ensemble, il bi^tit les Romains; mais lorsqu'il fallut qu'il mit des garnisons dans les villes , qu'il défendit ses alliés , qu'il assiégeât les places , ou qu'il les empêchât d'être assiégées , ses forces se trouvèrent trop petites; et il perdit en détail une grande partie ée son armée. Les conquêtes sont aisées k &ire, parce qu'on les fait avec toutes ses forces ; elles sont diflBciles à conseryer , parée qu'on ne les défend qu'avec une partie de ses forces.