JAKON AU PREMIER EUNUQUE
 mesure qu'Usbek s'éloigne du sérail, il tourne sa tête vers ses femmes sacrées : il soupire, il verse des larmes ; sa douleur s'aigrit , ses soupçons se fortifient. Il veut augmenter le nombre de leurs gardiens. Il va me renvoyer, avec tous les noirs qui l'accompagnent. Il ne craint plus pour lui ; il craint pour ce qui lui est mille fois plus cher que lui-même.
Je vais donc vivre sous tes lois , et partager tes soins. Grand Dieu ! qu'il faut de choses pour rendre un seul homme heureux !
La nature sembloit avoir mis les femmes dans la dépendance , et les en avoir retirées : le désordre naissoit entre les deux sexes , parce que leurs droits étoient réciproques. Nous sommes entrés dans le plan ^'une nouvelle harmonie : nous avons mis entre les
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femmes et nous la haine ; et , entre les hommes et les femmes , 1 amour.
Blon front ya deyenii^ s^ère. Je laisserai tCMnber des regards sombres. La joie fuira de mes lèvres. Le dehors sera tranquille , et Tesprit in^iet. Je n'atten* drai point lés rides de la vieillesse pour en montrer les chagrihsw
J'Aro^s ,ett du plaisir t suivre mon maître dans rOccident : mais ma volonté est son biem 11 veut que je garde ses femmes; je tes garderai avec fidélité. Je sais comment je dois me conduire avec ce sexe, qui, quand on ne lui permet pas d'être vain , commence à devenir superbe , et qu'il est moins aisé d'humilier que d anéantir. Je tombe sous tes regards. l)e Smyme, le\7$dielalimede Zilcadé, i^ii.
LETTRE XXIIL
USBEK A SON AMI IBB£N> A Smyrne.
Nous sommes arrivés à Livoume dans quarante jours de navigation. C'est une ville nouvelle; elle est un témoignage du génie des ducs de Toscane , qui ont fait d'un village marécageux la ville d'Italie la plus florissante.
I^ics femmes y jouissent d'une grande liberté : elles peuvent voir les hommes à travers certaines fenêtres qu^on nomme jalousies : elles peuvent sor^
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tir tous les jours avec quelques vieilles qui les accompagnent : elles n'ont qu'un voile (i). Leurs heaux* frères, leurs ooclfs, leurs neveux , peuvent les voir sans que le mari s'en formalise presque jamais. * '
' C'est un grand spectacle pour un mabomélan de voir pour la première fois une ville chrétienne. Je ne parle pas des choses qui frappent d'abord tous les yeux , comme la différence des édifices ^ des habits, des. principales coutumes : il y a, jusque daos les moindres bagatelles, quelque chose de singulier que je sens, et que je ne sais pas dire.
Nous partirons demain pour Marseille : notre séjour n'y s&nt pas long. Le dessein de Rica et le mien est de nous rendre incessamment à Paris, qui est le siège de l'empire d'Europe. Les voyageurs cherchent toujours les grandes villes, qui sont une espèce de patrie commune à tous les étrangers. Adieu. Sois persuadé que je t'aimerai toujours.
Dô'LùfOumef le 17, de la lune de Saphca-^ 1719.