‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 4)Chapitre 68 sur 168 · HAGI (0 IBBI AU JUIF BEN JOSUÉ · texte numérisé non relu

HAGI (0 IBBI AU JUIF BEN JOSUÉ

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A Smyrne.

Il me semble, Ben Josué, qu'il y a toujours des signes éclatants qui préparent a la naissance des hommes extraordinaires ; comme si ta nature souffroit une espèce de crise , et que la puissance céleste ne produisît qu'avec effort.

Il n'y a rien de si merveilleux que la naissance de Alaliomet. Dieu, qui par les décrets de sa providence avoit résolu dès le commencement d'envoyer aui Iiommes ce grand prophète pour enchaîner Satan, créa une lumière deux mille ans avant Adam , qui, passant d'élu en élu , d'ancêtre en ancêtre de Mahomet , parvint enfin jusques à lui , comme un témoignage authentique qu'il étoit descendu des patriarches.

Ce fut aussi a cause de ce même prophète que Dieu ne voulut pas qu'aucun enfant fût conçu que U femme ne cessât d'être immonde , et que Thomme n« fût livré à la circoncision.

(x ) Hagl est un homme qui a fait le pèlerinage de la MecqM

Il vint au inonde circoncis, et la joie parut sur soa visage dès sa naissance : la terre trembla trois fois , comme si elle eût en&nté elle-même ; toutes les idoles se prosternèrent ; les trônes des rois furent renversés ; Lucifer fut jeté au fond de la mer; et ce ne fut qu'après avoir nagé pendant quarante jours qu'il sortit de l'abîme , et s'enfuit sur le mont Cabès , doù, avec une voix terrible, il appela les anges.

Cette nuit , Dieu posa un terme entre Thonmie et la femme qu'aucun d'eux ne put passer. L'art des magiciens et nécromants se trouva sans vertu. On entendit une voix du ciel qui disoit ces paroles : Tai envoyé au monde mon ami fidèle.

Selon le témoignage d'Isben Aben , historien arabe, les générations des oiseaux , des nuées , des vents, et tous les escadrons des anges, se réunirent pour élever cet enfant ^ et se disputèrent cet avantage. Les oiseaux disoient dans leurs gazouillements qu'il étoit pks commode qu'ils relevassent , parce qu'ils pouvoient plus facilement rassembler plusieurs fruits de divers lieux. Les vents murmuroient, et disoient : C'est plutôt à nous, parce que nous pouvons lui apporter de tous les endroits les odeurs les plus agréables. Non , non , disoient les nuées , non ; c'est à nos soins qu'il sera confié, parce que nous lui ferons part à tous les instants de la fraîcheur des eaux. Là-dessus les anges indignés s'écrioient : Que nous restera-t-il donc à faire? Mais une voix du ciel fut entendue, qui termina toutes les disputes : Il ne sera point 6té d'entre les mains des mortels , parce

qu heureuses les mamelles qui Tallaiteront, et les mains qui le toucheront ,^ et la maison qu'il habitera, et le lit où il reposera !

Après tant de témoignages si éclatants, mon dier Jostté , il faut avoir un cœur de fer pour ne pas croire sa sainte loi. Que pouvoit fisiire davantage le ciel pour autoriser sa mission divine, à moins de renverser la nature , et de Êiire périr les hommes méat qu'il vouloit convaincre?

DePans^ leiLodelalunedeRhégeb^ 1713.

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