TOME IV
Mais écoute le reste de nos aventures. Quand nous fûmes au milieu du fleuve , un vent si impétueux s'éleva, et un nuage si af&eux couvrit les airs, que nos matelots commencèrent à désespérer. £firayées de ce péril , nous nous évanouîmes presque toutes. Je me souviens que j'entendis la voix et la dis« pute de nos eunuques , dont les uns disoient qu'il bl« loit nous avertir du péril, et nous tirer de notre prison : mais leur chef soutint toujours qu'il mourroit plutôt que de souffrir que son maître fut ainsi déshonoré , et qu'il enfonceroit un poignard dans le seÎA de celui qui feroit des propositions si hardies. Une de mes esclaves , toute hors d'elle , courut vers moi déshabillée pour me secourir; mais un eunuque noir k prit brutalement y et la fit rentrer dans l'endroit d'oi^ elle étoit sortie. Pour lors je m'évanouis, et ne revins \ moi qu'iqpprès que le péril fut passé.
Que les voyages sont embarrassants pour les femmes ! Les hommes ne sont exposés qu'aux dangers qui menacent leur vie ; et nous sommes à tous les instants dans la crainte de perdre notre vie ou notre vertu. Adieu, mon cher Usbek. Je t'adorerai toujours.
Du sérail deFatméy le ^ de la lune de Mitmasan, 1713.