‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 5)Chapitre 114 sur 129 · LETTRE LXXXV · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXV

A LA MÊME

Vous vous moquez de moi : ce n'est pas le premier président que je crains, c'est le président ; ce n'est pas celui qui croit dire tout ce que vous voulez, c'est celui qui dit tout ce qu'il veut. J'aime bien ce que vous dites, que vous n'avez suivi vos compagnes que pour tuer le temps , et que vous n'avez jamais tant trouvé qu'il mérite de l'être. Eh bien ! soit , tuons-le ; mais je le connois, il reviendra nous faire enrager. Je suis enchanté que vous ayez fait mon apologie : vous me couvrirez de votre égide, et, ce qui sera singulier, les Grâces y seront peintes. Je vous demande en

grâce de mè l'envoyer par le premier courrier

avec une lettre de vous , s'il se peut.

Le chevalier d'Aydies m'a mandé qu'il avoit gagné son procès. Le père bénédictin dont je savois si bien le nom, et que j'ai oublié , n'avoit donc évité des coups de pied dans le ventre que pour tomber dans l'infamie de j^erdre un procès avec lequel il tuoit le temps et le dievalier. Je vous prie, Madame, de vouloir bien parler de moi : c'est atl chevalier. Je vous prie de parler aussi de moi à madame du Châtel. Je lui sais bon gré de vous avoir inspiré de me commu* niquer le secret. Mais pourquoi dis-je que je lui sais bon gré de cela ? je lui sais bon gré de tout. L'abbé de Guasco me barbouille toute cette histoire : il me dit que c'est M. de Révol , conseiller au parlement, qui a donné le manuscrit, qui est, dit-il, très -savant. C'est depuis qu'il a une dignité dans le chapitre de Tournai qu'il ne sait ce qu*il dit. Je vous prie. Madame, de vouloir bien remercier M. d'Alembert de la mention qu'il a faite de moi dans sa Préface. Je lui dois enccMre un remercîment pour avoir fait cette Préfeice si belle : je la lirai à mon arrivée à Bordeaux. Agréez , je vous prie , etc.

De Glérac , le i5 juillet 1 741 .

Familières. 44a

LETTRE LXXXVL

A LA MÊME

Vous dites, Madame ^ que rien n'est heureux, depuis Faage jusqu'à Thuître : il faut distinguer, lies séraphin^ ne sont point heureux , ilâ sont trop sublimes : ils sont comme Voltaire et Maupertuis , et je suis persuadé qu'ils se font là-haut de mauvaises affaires ; mais vous ne pouvez douter que les chéirubins ne soient très-heureux. L'huître n'est pîas si malheureuse que nous, on l'avale sans qu'elle s'en doute; mais pour nous , on vient no/m dire qpe noua allons être avalés, et on 0OUS fait touidier au doigt el à l'cdll que nous serons digérés étemetlement ie pourrois parler à vous qui êtes gounutaBde de ces créatures qui ont trois estomacs : ce seroit bien le diable si dans ces troi^ il n'y en avoit pas de bons. Je reviens à l'huître ; eWe est malheureuse quand quelque longue maladie fait qu'elle devient perle : c'est précisément le bonheur de l'ambition. On n'est pas mieux quand on est huître verte ; ce n'est pas seulement un mauvais fond de tein , c'est un corps mal constitué.

Vous dites que je n'ai point écrit à madame la duchesse de Mirepoix ; j'en ai découvert deux raisons : c'est qu'elle est maladif et qu'elle est dans les embarras de la cour. A l'égard de d'Alem-

bert, j'ai plus d'envie que lui , et autant d'envie que vous de le voir de l'Académie ; car je suis le chevalier de l'ordre du mérite. Il est vrai qu'à la dernière élection il y eut quelque espèce de composition faite qui barbouille un peu l'élection prochaine; mais je vous parlerai de tout cela à mon retour , qui sera vers le 1 5 ou la fin de novembre. Je suis pourtant bien ici; mais les hommes ne quittent-ils pas sans cesse les lieux où ils savent qu'ils sont bien , pour ceux où ils espèrent d'être nlieux! J'irai vous marquer ma reconnoissance des choses charmantes que vous nous dites toujours, et qui nous plaisent toujours plus qu'à vous. Je vous félicite d'être chez madame de Betz. Nous sommes dans des maisons de même goût ; car je me trouve au milieu des bois que j'ai semés et de ceux que j'ai envoyés aux airs. Je vous prie de vouloir bien faire mes compliments aux maîtres de la maison , et d'agréer, Madame, le respect et l'amitié la plus tendre.

De la Brëde., le la septembre 1741*

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