‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 5)Chapitre 2 sur 129 · DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

DU TRADUCTEUR

Un ambassadeur de Franoe à la Porte ottomane , connu par son goût pour les lettres, ayant acheté plusieurs manuscrits grecs, il les porta en France. Quelques-uns de ces manuscrits m'étant tombés entre les mains , j'y ai trouvé l'ouvrage dont je donne ici la traduction.

Peu d auteurs grecs sont venus jusqu'à nous , soit qu'ils aient péri dans la ruine des bibliothèques , ou par la négligence des familles qui les possédoient.

Nous recouvrons de temps en temps quelques pièces de ces trésors. On a trouvé des ouvrages jusque dans les tombeaux de leurs auteurs ; et ce qui est à peu près la même chose, on a trouvé celui-ci parmi les livres d'un évêque grec.

On ne sait ni le nom de l'auteur, ni le temps auquel il a vécu. Tout ce qu'on en peut dire,

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c'est qo'il n'est pas antëriear à Sapho, puisqu'il en parle dans son ooTra^.

Quant à ma traduction , elle est fidèle. Pai cru que les beautés qui n'étoient point dans mon auteur n'étoient point des beautés ; et j'ai souvent quitté l'expression la moins vive pour prendre celle qui rendoit mieux sa pensée.

J'ai été encouragé à cette traduction par le succès qu'à eu celle du Tasse. Celui qui l'a fiiite ne trouvera pas mauvais que je coure la même carrière que lui : il s'y est distingué d'une manière à ne rien craindre de ceux mêmes à qui il a donné le plus d'émulation.

Ce petit roman est une espèce de tableau où l'on a peint avec choix les objets les plus agréables. Le public y a trouvé des idées riantes , une certaine magnificence dans les descriptions, et de la naïveté dans les sentiments.

11 y a trouvé un caractère original , qui a fait demander aux critiques quel en étoit le modèle, ce qui devient un grand éloge, lorsque l'ou^ yrage n'est pas méprisable d'ailleurs.

Quelques savants n'y ont point reconnu ce qu'ib appellent l'art. U n'est point, disent-ils ,

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selon le» règle». Mai» si l'ouvrage a pla , von» verrez que le cœur ne leur a pa» dit toute» le» règle».

Un homme qui se mêle de traduire ne souffre point patiemment que l'on n'estime pas son auteur autant qu'il le fait ; et j'avoue que ce» messieurs m'ont mis dans une furieuse colère : mais je les prie de laisser les jeunes gens juger d'un livre qui , en quelque langue qu'il ait été écrit , a certainement été £iit pour eux. Je les prie de ne point les troubler dans leurs décisions. Il n'y a que des têtes bien frisées et bien poudrées qui cpnnoissent tout le mérite du Temple de Gnide.

A l'égard du beau sexe , à qui je dob le peu de moments heureux que je puis compter dans ma vie , je souhaite de tout mon cœur que cet ouvrage puisse lui plaire. Je l'adore encore ; et s'il n'est plus l'objet de mes occupations , il l'est de mes regrets.

Que si les gens graves désiroient de moi quelque ouvrage moins frivole , je suis en état de les satisfaire. Il y a trente ans que je travaille à un livre de douze pages , qui doit contenir tout

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ce que nous savons sur la métaphysique , la politique et la morale, et tout ce que de grands auteurs ont oublié dans les volumes qu'ils ont donnéa sur ces sciences-là.

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