AUTRE EFFET DES LIAISONS QUE L'AME MET AUX CHOSES
Nous devons à la vie champêtre que l'homme menoit dans les premiers temps cet air riant répandu dans toute la fable ; nous lui devons ces descriptions heureuses, ces aventures naïves, ces divinités gracieuses, ce spectacle d'un état assez différent du nôtre pour le désirer, et qui n'en est pas assez éloigné pour choquer la vrai-
SUR LE GOUT. i53
semblancé, enfin ce mélange de passions et de tranquillité. Notre imagination rit à Diane, à Pan, à Apollon, aux Nymphes, aux bois, aux prés, aux fontaines. Si les premiers hommes avoient vécu comme nous dans les villes, les poètes n'aupoient pu nous décrire que ce que nous voyons tous les jours avec inquiétude , ou que nous sentons avec dégoût; tout respireroit l'avarice , l'ambition , et les passions^ qui tourmentent.
Les poètes qui nous décrivent la vie champêtre nous parlent de l'âge d'or qu'ils regrettent; c'est-à-dire, nous parlent d'un temps encore plus heureux et plus tranquille.