‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 5)Chapitre 97 sur 129 · LETTRE LXII · texte numérisé non relu

LETTRE LXII

A M. L'ABBÉ DE GUASCO

Tout bien pesé Je ne puis encore me déterminer à livrer mon roman àijérsace à l'imprimeur. Le triomphe de l'amour conjugal de l'Orient est peut-être trop éloigné de nos mœurs pour croire qu'il seroit biea reçu en France. Je vous apporterai ce manuscrit ; nous le lirons ensemble , et je le donnerai à lire à quelques amis. A l'égard de mes Voyages y je vous promets que je les mettrai en ordre dès que j'aurai un peu de loisir, et nous deviserons à Paris sur la forme * que je leur

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• L*impëratrice Marie-Thérëse , reine de Hongrie.

* Il hésitoit s'il rëduiroit les Mémoires de ses voyages en

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donnerai. Il y a encore trop de personnes dont je parle , vivantes , pour publier cet ouvrage , et je ne suis pas dans le système de ceux qui conseillèrent à M. de Fontenelle de vider le sac * avant que de mourir. L'impression de ses comédies n'a rien ajouté à sa réputation.

Puisque vous vous piquez d'être quelquefois antiquaire, je ne vois point d'inconvénient de donner à votre collection le titre de Galerie de portraits -politiques de ce siècle ; et pour moi , qui ne suis point antiquaire, je la préférerai à une galerie de statues. Vous songez sans doute qu'un pareil ouvrage ne doit être que pour le siècle à venir, auquel on peut être utile sans danger; car, comme vous le remarquez , le caractère et les qualités personnelles des négociateurs et des ministres ayant une grande influence sur les affaires

forme cle lettres , ou en simple récit : prévenu par la mort , nous sommes privés jusqu'ici de l'ouvrage d'un voyageur philosophe qui savoit voir là oii les autres ne Ibnt que tegarder.

■ En l'année 1749» Fontenelle désirant de publier sesk ' comédies , en fit lecture dans la société de madame devTencin , pour savoir s'il devoit les faire paroître. Elles furent jugées au<*dessous de la grande réputation dé leur auteur, et madame de Tencin ^t chargée de le détourner de les faire imprimer , ce à quoi Fontenelle déféra : mais l'amour paternel s'étant réveillé , il voulut avoir l'avis d'une autre société , qui lui persuada de vider le sac de tous ses manuscrits > et cet avis l'emporta ; mais le public ne fut pas si indulgent pour ses comédies.

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publiques et les événements politiques, l'entrée

de ce sanctuaire est dangereuse aux profanes.

Adieu.

De la Brëde , le 8 dëcembre 1 754*

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AU MÊME

Vous fûtes hier de la dispute avec M. de Mairan ■ sur la Chine. Je crains d'y avoir mis trop de vivacité , et je serois au désespoir d'avoir fâché cet excellent homme. Si vous allez diner aujourd'hui chez M. de Trudaine •, vous l'y trouverez peutêtre; en ce cas, je vous prie de sonder un peu s'il a mal pris ce que j'ai dit; et sur ce que vous me rendrez , j'agirai de façon avec lui qu'il soit

' De Vkcaâémie des sciences et de rAcad^mie Françoise ^ trës-connu par des ouvrages excellents , et par l'honnêteté et la douceur de son caractère. Ces deux savants n'ëtoient pas du même avis sur quelques points qui regardoient les Chinois y pour lesquels M. de Mairan étoit préreftu par les lettres du P. Parennin , j^uîte , dont Montesquieu se mëfioit. Lorsque le Voyage de tamtrcd Artêon parut , il s'ëcria : n Ah ! je Tai toujours dit , que les Chtaots n'^toient » pas si honnêtes gens qu'ont voulu le fatfe croire les » Lettres édifiantes n.

* Conseiller d'état et intendant des finances , qmi vit beaucoup avec les hommes de lettres les plus distingués » et s'occupe avec zfele de l'encouragement des artsj il ëtoit un des amis les plus intimes de Montesquieu.

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convaincu du cas que je fais de son mérite et de

son amitié.

De Paris, en 1755.

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