‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 1009 sur 1159 · AUTRE EFFET DES LIAISONS QUE L’AME MET AUX CHOSES · texte numérisé non relu

AUTRE EFFET DES LIAISONS QUE L’AME MET AUX CHOSES

Nous devons à la vie champêtre que l’homme menait dans les premiers temps cet air riant répandu dans toute la Fable ; nous lui devons ces descriptions heureuses , ces aventures naïves , ces divinités gracieuses, ce spectacle d’un état assez différent du nôtre pour le désirer, et qui n’en est pas assez éloigné pour choquer la vraisemblance ; enfin ce mélange de passions et de tranquillité. Notre imagination rit à Diane , à Pan , à Apollon , aux nymphes , aux bois, aux prés, aux fontaines. Si les premiers hommes avaient vécu comme nous dans les villes , # les poètes n’auraient pu nous décrire que ce que nous voyons tous les jours avec inquiétude , ou que nous sentons avec dégoût; tout respirerait l’avarice, l’ambition, et les passions qui tourmentent.

Les poètes qui nous décrivent la vie champêtre nous parlent de l’âge d’or qu’ils regrettent , c’està-dire nous parlent d’un temps encore plus heureux et plus tranquille.

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