DIVERSES
Charles VIII connut, dans la première jeunesse même , toutes les vanités de la jeunesse.
Le chancelier de l’Hospital , tel que les lois, fuA sage comme elles dans une cour qui n’était calmée que par les plus profondes dissimulations , ou agitée que par les passions les plus violentes.
On vit dans la Noue un grand citoyen au mi lieu des discordes civiles.
L’amiral de Coligny fut assassiné , n’ayant dans le cœur que la gloire de l’État ; et son sort fut tel , qu’après tant de rébellions il ne put être puni que par un grand crime.
I^es Guises furent extrêmes dans le bien et dans le mal qu’ils firent à l’État. Heureuse la France, s’ils n’avaient pas senti couler dans leurs veines le sang de Charlemagne !
Il semble que l’âme de Miron , prévôt des marchands , fût celle de tout le peuple.
César aurait été comparé à M. le Prince , s’il était venu après lui.
Henri IV.... Je n’en dirai rien, je parle à des Français.
Molé montra de l’héroïsme dans une condition qui ne s’appuie ordinairement que sur d’autres vertus.
Richelieu fit jouer à son monarque le second rang dans la monarchie, et le premier dans l’Europe; il avilit le roi, mais illustra le règne.
Turenne n'avait point de vices; et peut-être que , s’il en avait eu, il aurait porté certaines vertus plus loin. Sa vie est un hymne à la louange de l’humanité.
Le caractère de Montausier a quelque chose des anciens philosophes , et de cet excès de leur raison.
Le maréchal de Catinat a soutenu la victoire avec modestie, et la disgrâce avec majesté, grand encore après la perte de sa réputation même.
Vendôme n’a jamais eu rien à lui que sa gloire.
Fontenelle, autant au-dessus des autres hommes par son cœur, qu’au-dessus des hommes de lettres par son esprit.
Louis XIV, ni pacifique, ni guerrier: il avait les formes de la justice, de la politique, de la dévotion, et l’air d’un grand roi. Doux avec ses domestiques, libéral avec ses courtisans, avide avec ses peuples , inquiet avec ses ennemis , despotique dans sa famille, roi dans sa cour, dur dans ses conseils, enfant dans celui de conscience, dupe de tout ce qui joue le prince, les ministres, les femmes et les dévots ; toujours gouvernant et toujours gouverné ; malheureux dans ses choix, aimant les sots, souffrant les talents, craignant l’esprit; sérieux dans ses amours, et, dans son
PENSÉES DIVERSES
dernier attachement, faible à faire pitié; aucune force d’esprit dans les succès ; de la sécurité dans les revers, du courage dans sa mort. Il aima la gloire et la religion , et on l’empêcha toute sa vie de connaître ni l’une ni l’autre. Il n’aurait eu presque aucun de ces défauts , s’il avait été un peu mieux élevé, et s’il avait eu un peu plus d’esprit.
Il avait l’âme plus grande que l’esprit. Madame de Maintenon abaissait sans cesse cette âme pour la mettre à son point.
Les plus méchants citoyens de France furent Richelieu et Louvois. J’en nommerais un troisième 1 ; mais épargnons-le dans sa disgrâce.
DE LA. RELIGION
Dieu est comme ce monarque qui a plusieurs nations dans son empire; elles viennent toutes lui porter un tribut , et chacune lui parle sa langue , religions diverses.
Quand l’immortalité de l’âme serait une erreur, je serais fâché de ne pas la croire : j’avoue que je ne suis pas si humble que les athées. Je ne sais comment ils pensent; mais pour moi je ne veux pas troquer l’idée de mon immortalité contre celle de la béatitude d’un jour. Je suis charmé de me croire immortel comme Dieu même. Indépendamment des idées révélées , les idées métaphysiques me donnent une très-forte espérance de mon bonheur éternel , à laquelle j$ ne voudrais pas renoncer.
La dévotion est une croyance qu’on vaut mieux qu’un autre.
Il n’y a pas de nation qui ait plus besoin de religion que les Anglais. Ceux qui n’ont pas peur de se pendre doivent avoir la peur d’être damnés.
La dévotion trouve , pour faire de mauvaises actions , des raisons qu’un simple honnête homme ne saurait trouver.
Ce que c’est que d’être modéré dans ses principes! Je passe en France pour avoir peu de religion , en Angleterre pour en avoir trop.
Ecclésiastiques : flatteurs des princes, quand ils ne peuvent être leurs tyrans.
Les ecclésiastiques sont intéressés à maintenir les peuples dans l’ignorance; sans cela, comme l’Évangile est simple, on leur dirait : « Nous savons tout cela comme vous. »
J’appelle la dévotion une maladie du cœur, qui
1 M. de Maurepas ( Note des éditeurs des OEuvres posthumes).
donne à l’âme une folie dont le caractère est le plus immuable de tous.
L’idée des faux miracles vient de notre orgueil , qui nous fait croire que nous sommes un objet assez importantpour que l’Être suprême renverse pour nous toute la nature ; c’est ce qui nous fait regarder notre nation , notre ville, notre armée, comme plus chères à la Divinité. Ainsi nous voulons que Dieu soit un être partial qui se déclare sans cesse pour une créature contre l’autre , et qui se plaît à cette espèce de guerre. Nous voulons qu’il entre dans nos querelles aussi vivement que nous, etqu’il fasse atout moment des choses dont la plus petite mettrait toute la nature en engourdissement.
Trois choses incroyables parmi les choses incroyables : le pur mécanisme des bêtes, l’obéissance passive, et l’infaillibilité du pape.