AU MÊME
Étant aussi en l’air que vous, mon cher ami, et prêt à partir pour la Lorraine avec madame de Mirepoix , j’adresse ma lettre à M. le Nain. Je ne me suis pas bien expliqué sans doute dans ma lettre. Je lui ai dit qu’il y avait toutes les apparences que vous seriez de l’académie, et non pas que vous en étiez. Je ne doute pas que l’on ne vous en accorde la place en vous présentant à Paris après cette seconde victoire. Je crois vous avoir déjà mandé que j’avais remis votre seconde médaille à M. Dalnet de Bordeaux. Comme M. Dalnet a deux ou trois millions de bien , j’ai cru ne pouvoir pas choisir mieux pour confier votre trésor. Votre lettre m’ayant totalement désorienté , vous voyant des entreprises pour un siècle , et ne sachant d’ailleurs où vous prendre parmi dix ou douze villes que vous me citiez ; voyant de plus que dans les lieux où j’étais obligé de m’adresser pour l’impression, à cause de la guerre , vous ne trouveriez pas vos convenances; je me suis servi d’une occasion2 que j’ai trouvée sous ma main,
1 Le sujet du prix proposé par l’Académie était celui-ci : « Eu quoi consistent la nature et l’étendue de Y autonomie « dont jouissaient les villes soumises à une puissance étran- « gère? »
2 M. Sarasin , résident de Genève , s’en retournait dans son pays ; et l’auteur protita de son retour pour envoyer le manuscrit de V Esprit des Lois au sieur Barillot, imprimeur de celle ville. M. le professeur Yernet fut chargé de présider à l’édition , dans laquelle il se crut permis de changer quelques
et j’ai cru que cela vous convenait plus que de déranger la suite de vos voyages. *
Je souhaite plutôt que vous preniez la route de Bordeaux : si vous y êtes l’automne prochaine ou le printemps prochain, je vous y verrai avec un grand plaisir, et j’entends que vous preniez une chambre dans mon hôtel ; mais je ne traiterai pas si familièrement un homme qui a remporté deux triomphes à l’académie. Adieu, mon cher abbé, je vous embrasse mille fois.
De Paris , ce 30 mai 1747.