AU MÊME
Dans l’incertitude où je suis que vous m’attendiez , je vous écrirai encore une lettre avant de partir. Vous êtes chanoine de Tournay; et moi je fais des prairies. J’aurais besoin de cinquante livres de graine de trèfle de Flandre , que l’on pourrait m’envoyer par Dunkerque à Bordeaux. Je vous prie donc de charger quelqu’un de vos amis à Tournay de me faire cette commission, et je vous payerai comme un gentilhomme, ou, pour mieux dire, comme un marchand, et quand vous viendrez à la Brède, vous verrez votre trèfle dans toute sa gloire. Considérez que mes prés sont de votre création : ce sont des enfants à qui vous devez continuer l’éducation. Je compte que vous aurez vu nos amis, et que vous leur aurez un peu parlé de moi. Je vous verrai certainement bientôt , mais cela ne doit point vous empêcher de faire des histoires du prétendant à mademoiselle Betti 2 : vous n’en serez que mieux soigné. Je vous marquerai, par une lettre particulière, le jour de mon arrivée, que je ne sais point; et quand je ne vous écrirais pas, en cas quej’ap-' parusse devant vous sans vous avoir prévenu , vous aurez bientôt transporté votre pelisse , votre bréviaire et vos médailles dans l’appartement de mon fils. Quand vous verrez madame Dupré de Saint- Maur, demandez-lui si elle a reçu une lettre de moi. Présentez-lui, je vous prie, mes respects, et à M. de Trudaine, notre respectable ami. L’abbé, encore une fois, attendez-moi.
Puisque vous êtes d’avis que j’écrive à M. l’auditeur Bertolini , je vous adresse la lettre pour la lui faire tenir. Je vous embrasse de tout mon coeur.
De la Brède, le 5 décembre 1754.
1 Cet ouvrage , qui n’était alors que commencé , a été continué ; mais les incommodités survenues à l’auteur l’ont em-
péebé pendant quelques années d’y donner la dernière main.
3 Irlandaise , concierge de l’hôtel de Montesquieu , à Paris , tort zelée pour le prétendant.