‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 217 sur 1159 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Pour l’intelligence des quatre premiers livres de cet ouvrage , il faut observer 1° que ce que j’appelle la vertu dans la république est l’amour de la patrie , c’est-à-dire l’amour de l’égalité. Ce n’est point une vertu morale ni une vertu chrétienne, c’est la vertu politique ; et celle-ci est le ressort

1 Ludïbria ventis.

7 Bis patriœ cecidere manus.

3 Ed io anche son pittore.

DE L’ESPRIT DES LOIS

qui fait mouvoir le gouvernement républicain, comme Y honneur est le ressort qui fait mouvoir la monarchie. J’ai donc appelé vertu politique l’amour de la patrie et de l’égalité. J’ai eu des idées nouvelles : il a bien fallu trouver de nouveaux mots , ou donner aux anciens de nouvelles acceptions. Ceux qui n’ont pas compris ceci m’ont fait dire des choses absurdes , et qui seraient révoltantes dans tous les pays du monde , parce que dans tous les pays du monde on veut de la morale.

2° Il faut faire attention qu’il y a une ires-grande différence entre dire qu’une certaine qualité , modification de l’âme , ou vertu , n’est pas le ressort qui fait agir un gouvernement , et dire qu’elle n’est point dans ce gouvernement. Si je disais telle roue , tel pignon , ne sont point le ressort qui fait mouvoir cette montre, en conclurait-on qu’ils ne sont point dans la montre? Tant s’en faut que les vertus morales et chrétiennes soient exclues de la monarchie , que même la vertu politique ne l’est pas. En un mot , l’honneur est dans la république , quoique la vertu politique en soit le ressort ; la vertu politique est dans la monarchie , quoique l’honneur en soit le ressort.

Enfin , l’homme de bien dont il est question dans le livre III , chapitre Y, n’est pas l’homme de bien chrétien , mais l’homme de bien politique , qui a la vertu politique dont j’ai parlé. C’est l’homme qui aime les lois de son pays , et qui agit par l’amour des lois de son pays. J’ai donné un nouveau jour à toutes ces choses dans cette édition-ci, en fixant encore plus les idées ; et, dans la plupart des endroits ou je me suis servi du mot vertu , j’ai mis vertu politique.

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