CHAPITRE VIL
le plaisir de commander comme le seul bien de la vie ; mais il sera toujours beau de gouverner les hommes en les rendant heureux *.
11 est glorieux pour elle d’avoir été la première qui ait montré dans ces contrées l’idée de la religion jointe à celle de l’humanité. En réparant les dévastations des Espagnols, elle a commencé à guérir une des grandes plaies qu’ait encore reçues le genre humain.
Un sentiment exquis qu’a cette société pour tout ce qu’elle appelle honneur , son zèle pour une religion qui humilie bien plus ceux qui l’écoutent que ceux qui la prêchent , lui ont fait entreprendre de grandes choses; et elle y a réussi. Elle a retiré des bois des peuples dispersés; elle leur a donné une subsistance assurée; elle les a vêtus : et, quand elle n’aurait fait par là qu’augmenter l’industrie parmi les hommes , elle aurait beaucoup fait.
Ceux qui voudront faire des institutions pareilles établiront la communauté de biens de la république dePlaton, ce respect qu’il demandait pour les dieux, cette séparation d’avec les étrangers pour la conservation des mœurs , et la cité faisant le commerce et non pas les citoyens : ils donneront nos arts sans notre luxe , et nos besoins sans nos désirs.
Ils proscriront l’argent , dont l’effet est de grossir la fortune des hommes au-delà des bornes que la nature y avait mises , d’apprendre à conserver inutilement ce qu’on avait amassé de même , de multiplier à l’infini les désirs, et de suppléer à la nature , qui nous avait donné des moyens très-bornés d’irriter nos passions , et de nous corrompre les uns les autres.
« Les Épidamniens 2, sentant leurs mœurs se
des vœux ardenls pour que Londres ne force point les bons Pensylvaniens à devenir aussi méchants que nous et que les anciens Lacédémoniens , qui firent le malheur de la Grèce. (Volt.)
1 Les Indiens du Paraguay ne dépendent point d’un sei-
gneur particulier, ne payent qu’un cinquième des tributs, et ont des armes à feu pour se défendre. — Tous les tributs que les Indiens du Paraguay payent au roi d’Espagne ne consistent | que dans une imposition annuelle, par forme de capitation, 1 a raison de trois livres par chaque chef de famille. (D.) ,
2 Plutarque, Demande des choses grecques. — Les Épi- ! damniens étaient les habitants de Dyrrachium , aujourd’hui .
En quel cas ces institutions singulières peuvent être bonnes.
Ces sortes d’institutions peuvent convenir dans les républiques, parce que la vertu politique en est le principe; mais, pour porter à l’honneur dans les monarchies , ou pour inspirer de la crainte dans les États despotiques, il ne faut pas tant de soins.
Elles ne peuvent d’ailleurs avoir lieu que dans un petit État 3 , où l’on peut donner une éducation générale , et élever tout un peuple comme une famille.
Les lois de Minos , de Lycurgue et de Platon, supposent une attention singulière de tous les citoyens les uns sur les autres. On ne peut se promettre cela dans la confusion , dans les négligences , dans l’étendue des affaires d’un grand peuple.
Il faut, comme on l’a dit, bannir l’argent dans ces institutions. Mais, dans les grandes sociétés, le nombre, la variété, l’embarras, l’importance des affaires, la facilité des achats, la lenteur des échanges, demandent une mesure commune. Pour porter partout sa puissance, ou la défendre partout , il faut avoir ce à quoi les hommes ont attaché partout la puissance.
Explications d’un paradoxe des anciens , par rapport aux mœurs.
Polybe, le judicieux Polybe, nous dit 4 que la musique était nécessaire pour adoucir les mœurs des
Durazzo; des Scythes ou des Celtes étaient venus s’établir dans le voisinage. Mais est-il bien vrai qu’en nommant un commissaire entendu pour trafiquer au nom de la ville ave ces étrangers, les Épidamniens aient eu le maintien des mœur pour objet? Comment ces barbares auraient-ils corromp i des Grecs? Cette institution n’est-elle pas l’effet d’un espri de monopole? Peut-être dira-t-on un jour que c’est pour con sei’ver nos mœurs que nous avons établi la compagnie des Indes. (V.)
1 C’est faire comme tous les peuples ignorants , appliquer le remède au mal , et non à la source du mal. (H.)
2 Mais elle ôte l’émulation des commerçants, et fait périr le commerce. ( Éditeur anonyme de 1764.)
3 Comme étaient les villes de la Grèce.
4 Hist. lib. IV, cap xx et xxi.