CHAPITRE II
Ce que c’est que la vertu dans l’État politique.
La vertu , dans une république , est une chose trèssimple : c’est l’amour de la république , c’est un sentiment , et non une suite de connaissances ; le dernier homme de l’État peut avoir ce sentiment , comme le premier. Quand le peuple a une fois de bonnes maximes, il s’y tient plus longtemps que ce que l’on appelle les honnêtes gens. Il est rare que la corruption commence par lui. Souvent il a tiré de la médiocrité de ses lumières un attachement plus fort pour ce qui est établi. i
L’amour delà patrieconduit à la bontédes mœurs, et la bonté des mœurs mène à l’amour de la patrie. Moins nous pouvons satisfaire nos passions par- ! ticulières, plus nous nous livrons aux générales. Pourquoi les moines aiment-ils tant leur ordre? c’est justement par l’endroit qui fait qu’il leur est insupportable. Leur règle les prive de toutes les choses sur lesquelles les passions ordinaires s’appuient : reste donc cette passion pour la règle même qui les afflige. Plus elle est austère , c’est-à-dire plus elle retranche de leurs penchants , plus elle donne de force à ceux qu’elle leur laisse.