CHAPITRE XVIII
Que la monarchie d’Espagne était dans un cas particulier.
Qu’on ne cite point l’exemple de l’Espagne : elle prouve plutôt ce que je dis. Pour garder l’Amérique, elle fit c„e que le despotisme même ne fait pas : elle en détruisit les habitants. Il fallut, pour conserver sa colonie , qu’elle la tînt dans la dépendance de sa subsistance même.
Elle essaya le despotisme dans les Pays-Bas ; et sitôt qu’elle l’eut abandonné, ses embarras augmentèrent. D’un côté, les Wallons ne voulaient pas être gouvernés par les Espagnols; et de l’autre, les soldats espagnols ne voulaient pas obéir aux officiers wallons *.
Elle ne se maintint dans l’Italie qu’à force de l’enrichir et de se ruiner : car ceux qui auraient voulu se défaire du roi d’Espagne n’étaient pas, pour cela, d’humeur à renoncer à son argent.
1 Voyez Y Histoire des Provinces-H nies , parM. le Clerc.
Propriétés distinctives du gouvernement despotique.
Un grand empire suppose une autorité despotique dans celui qui gouverne. Il faut que la promptitude des résolutions supplée à la distance des lieux où elles sont envoyées ; que la crainte empêche la négligence du gouverneur ou du magistrat éloigné ; que la loi soit dans une seule tête; et qu’elle change sans cesse, comme les accidents, qui se multiplient toujours dans l’État à proportion de sa grandeur.