LIVRE X, CHAPITRE IX
jours chez les Suisses *. Dans les républiques fédératives mixtes, où l’association est entre de petites républiques et de petites monarchies , cela choque moins.
Il est encore contre la nature de la chose qu’une république démocratique conquière des villes qui ne sauraient entrer dans la sphère de sa démocratie. Il faut que le peuple conquis puisse jouir des privilèges de la souveraineté, comme les Romains l’établirent au commencement. On doit borner la conquête au nombre des citoyens que l’on fixera pour la démocratie.
Si une démocratie conquiert un peuple pour le gouverner comme sujet, elle exposera sa propre liberté , parce qu’elle confiera une trop grande puissance aux magistrats qu’elle enverra dans l’État conquis.
Dans quel danger n’eût pas été la république de Carthage , si Annibal avait pris Rome! Que n’eût-il pas fait dans sa ville après la victoire , lui qui y causa tant de révolutions après sa défaite 2 !
Hannon n’aurait jamais pu persuader au sénat de ne point envoyer de secours à Annibal, s’il n’avait fait parler que sa jalousie. Ce sénat, qu’Aristote nous dit avoir été si sage ( chose que la prospérité de cette république nous prouve si bien ), ne pouvait être déterminé que par des raisons sensees. Il aurait fallu être trop stupide pour ne pas voir qu’une armée, à trois cents lieues de là, faisait des pertes nécessaires qui devaient être réparées.
Le parti d’Hannon voulait qu’on livrât Annibal 3 aux Romains. On ne pouvait pour lors craindre les Romains ; on craignait donc Annibal.
On ne pouvait croire, dit-on, les succès d’Annibal ; mais comment en douter? Les Carthaginois, répandus par toute la terre , ignoraient-ils ce qui se passait en Italie? C’est parce qu’ils ne l’ignoraient pas qu’on ne voulait pas envoyer de secours à Annibal.
Hannon devient plus ferme après Trébie , après Trasimène, après Cannes : ce n’est point son incrédulité qui augmente, c’est sa crainte.