‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 361 sur 1159 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

D’une monarchie qui conquiert autour d’elle.

Si une monarchie peut agir longtemps avant que l’agrandissement l’ait affaiblie, elle deviendra redoutable, et sa force durera tout autant qu’elle sera pressée par les monarchies voisines.

Elle ne doit donc conquérir que pendant qu’elle reste dans les limites naturelles à son gouvernement. La prudence veut qu’elle s’arrête sitôt qu’elle passe ces limites.

Il faut dans cette sorte de conquête laisser les choses comme on les a trouvées; les mêmes tribunaux, les mêmes lois, les mêmes coutumes, les mêmes privilèges : rien ne doit être changé que l’arméç et le nom du souverain.

Lorsque la monarchie a étendu ses limites par la conquête de quelques provinces voisines , il faut qu’elle les traite avec une grande douceur.

1 Du 18 octobre 1738, imprimé à Gênes , chez Franchelli. Fietiamo al nostro 'jeneral-govematore in delta isola di condannare in avvenire solamente ex informata conscientia persona alcuna nazionale in pena afjlittiva. Potrà ben si far arrcslare ed tncarcerare le persone che gli saranne sospette; salvo di renderne pot à noi sollecitamenle. (Article 6.)

DE L’ESPRIT DES LOIS

Dans une monarchie qui a travaillé longtemps à conquérir, les provinces de son ancien domaine seront ordinairement très-foulées. Elles ont à souffrir les nouveaux abus et les anciens; et souvent une vaste capitale , qui engloutit tout , les dépeuple. Or, si après avoir conquis autour de ce domaine on traitait les peuples vaincus comme on fait ses anciens sujets , l’État serait perdu : ce que les provinces conquises enverraient de tributs à la capitale ne leur reviendrait plus ; les frontières seraient ruinées , et par conséquent plus faibles ; les peuples en seraient mal affectionnés; la subsistance des armées qui doivent y rester et agir serait plus précaire.

Tel est l’état nécessaire d’une monarchie conquérante : un luxe affreux dans la capitale , la misère dans les provinces qui s’en éloignent , l’abondance aux extrémités. Il en est comme de notre planète : le feu est au centre; la verdure à la surface; une terre aride, froide et stérile entre les deux.

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