‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 453 sur 1159 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Que les mauvais législateurs sont ceux qui ont favorisé les vices du climat, et les bons sont ceux qui s’y sont opposés.

Les Indiens croient que le repos et le néant sont le fondement de toutes choses, et la fin où elles aboutissent. Ils regardent donc l’entière inaction comme l’état le plus parfait et l’objet de leurs désirs. Ils donnent au souverain Être2 le surnom d’immobile. Les Siamois croient que la félicité 3 suprême consiste à n’être point obligé d’animer une machine et de faire agir un corps.

Dans ces pays où la chaleur excessive énerve et accable , le repos est si délicieux et le mouvement si pénible , que ce système de métaphysique paraît naturel; et 4 Foé, législateur des Indes, a suivi ce qu’il sentait, lorsqu’il a mis les hommes dans un état extrêmement passif; mais sa doctrine, née de la. paresse du climat, la favorisant à son tour, a causé mille maux.

Les législateurs de la Chine furent plus sensés , lorsque, considérant les hommes, non pas dans l’état paisible où ils seront quelque jour, mais dans l’action propre à leur faire remplir les devoirs de la vie , ils firent leur religion , leur philosophie , et leurs lois, toutes pratiques. Plus les causes physiques

1 On voit, par un fragment de Nicolas de Damas, recueilli par Constantin Porphyrogénète, que la coutume était ancienne en Orient d’envoyer étrangler un gouverneur qui déplaisait; elle était du temps des Mèdes.

2 Panamanack. Voyez Kircher.

3 La Loubère , Relation de Siam , pag. 446.

4 Foé veut réduire le cœur au pur vide. « Nous avons des « yeux et des oreilles ; mais la perfection est de ne voir ni ente tendre : une bouche , des mains , etc. ; la perfection est que « ces membres soient dans l’inaction. » Ceci est tiré du dialogue d’un philosophe chinois , rapporté par le P. Duhalde ,• tome III.

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