CHAPITRE XII
Des manières et des mœurs dans l’État despotique.
C’est une maxime capitale qu’il ne faut jamais changer les mœurs et les manières dans l’État despotique : rien ne serait plus promptement suivi d’une révolution. C’est que, dans ces États, il n’y a point de lois, pour ainsi dire; il n’y a que des mœurs et des manières; et si vous renversez cela, vous renversez tout.
1 Liv. XI IV.
2 Par la nature du climat et du terrain.
3 Le P. Duhalde , tom. II.
DE L’ESPRIT DES LOIS
Les lois sont établies, les mœurs sont inspirées; celles-ci tiennent plus à l’esprit général ; celles-là tiennent plus à une institution particulière : or, il est aussi dangereux , et plus , de renverser l’esprit général que de changer une institution particulière.
On se communique moins dans les pays où chacun, et comme supérieur, et comme inférieur, exerce et souffre un pouvoir arbitraire , que dans ceux où la liberté règne dans toutes les conditions. On y change donc moins de manières et de mœurs ; les manières plus fixes approchent plus des lois : ainsi il faut qu’un prince ou un législateur y choque moins les mœurs et les manières que dans aucun pays du mondé.
Les femmes y sont ordinairement enfermées , et n’ont point de ton à donner. Dans les autres pays où elles vivent avec les hommes, l’envie qu’elles ont de plaire, et le désir que l’on a de leur plaire aussi , font que l’on change continuellement de manières. Les deux sexes se gâtent , ils perdent l’un et l’autre leur qualité distinctive et essentielle; il se met un arbitraire dans ce qui était absolu, et les manières changent tous les jours.