‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 628 sur 1159 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Du commerce après la destruction des Romains en Occident.

L’empire romain fut envahi , et l’un des effets de la calamité générale fut la destruction du commerce. Les barbares ne le regardèrent d'abord que

7 Nos meilleures cartes placent la tour de Pierre au centième degré de longitude , et environ le quarantième de latitude.

2 Suétone, in Claudio; leg. *» cod Théodos. de naviculariis.

comme un objet de ieurs brigandages; et, quand ils furent établis, ils ne Phonorèrent pas plus que l’agriculture et les autres professions du peuple vaincu.

Bientôt il n’y eut presque plus de commerce en Europe; la noblesse, qui régnait partout, ne s’en mettait point en peine.

La loi des Wisigoths 1 permettait aux particuliers d’occuper la moitié du lit des grands fleuves, pourvu que l’autre restât libre pour les filets et pour les bateaux; il fallait qu’il y eût bien peu de commerce dans les pays qu’ils avaient conquis.

Dans ces temps-là s’établirent les droits insensés d’aubaine et de naufrage : les hommes pensèrent que les étrangers ne leur étant unis par aucune communication du droit civil, ils ne leur devaient, d’un' côté, aucune sorte de justice, et de l’autre, aucune sorte de pitié.

Dans les bornes étroites où se trouvaient les peuples du nord, tout leur était étranger; dans leur pauvreté, tout était pour eux un objet de richesses. Établis avant leurs conquêtes sur les côtes d’une mer resserrée et pleine d’écueils, ils avaienttiré parti de ces écueils mêmes.

Mais les Romains, qui faisaient des lois pour tout l’univers, en avaient fait de très-humaines sur les naufrages 2 : ils réprimèrent, à cet égard, les brigandages de ceux qui habitaient les côtes, et, ce qui était plus encore , la rapacité de leur fisc 3.

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