‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 661 sur 1159 · CHAPITRE XVm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVm

Du payement des dettes publiques.

Il faut qu’il y ait une proportion entre l’État créancier et l’État débiteur. L’État peut être créancier à l’infini , mais il ne peut être débiteur qu’à un certain degré , et , quand on est parvenu à passer ce degré , le titre de créancier s’évanouit.

Si cet État a encore un crédit qui n’ait point reçu d’atteinte, il pourra faire ce qu’on a pratiqué si heureusement dans un État d’Europe2 ; c’est de se procurer une grande quantité d’espèces , et d’offrir à tous les particuliers leurs remboursements, à moins qu’ils ne veuillent réduire l’intérêt. En effet, comme, lorsque l’État emprunte, ce sont les particuliers qui fixent le taux de l’intérêt , lorsque l’État veut payer, c’est à lui à le fixer.

Il ne suffit pas de réduire l’intérêt, il faut que le bénéfice de la réduction forme un fonds d’amortissement pour payer chaque année une partie des capitaux : opération d’autant plus heureuse que le succès en augmente tous les jours.

Lorsque le crédit de l’État n’est pas entier, c’est une nouvelle raison pour chercher à former un fonds d’amortissement, parce que ce fonds une fois établi rend bientôt la confiance.

1° Si l’État est une république, dont le gouvernement comporte par sa nature que l’on y fasse des projets pour longtemps , le capital du fonds d’amortissement peut être peu considérable : il faut dans une monarchie, que ce capital soit plus grand ;

2° Les règlements doivent être tels que tous les citoyens de l’État portent le poids de l’établissement de ce fonds , parce qu’ils ont tout le poids de l’établissement de la dette , le créancier de l’État , par les sommes qu’il contribue , payant lui-même à luimême;

3° 11 y a quatre classes de gens qui payent les dettes

1 On ne peut assez méditer les réflexions que l’auteur vienl de faire sur les dettes nationales. J’ai entendu dire et répéter plus d’une fois qu’il n’v a aucun inconvénient à les multiplier, pourvu qu’on trouve des fonds suffisants pour le payement des intérêts. On cite l’Angleterre pour exemple. Je ne déciderai point si cette politique qu’on attribue aux Anglais est un modèle à imiter; j’ajouterai seulement aux remarques de Montesquieu que l’accroissement des dettes nationales devant produire un accroissement d’impôts et de charges , le moyen de subsister en deviendra nécessairement plus difficile et plus onéreux : ce qui amènera la décadence des manufao* tures et de tous les arts qui exigent la main de l’ouvrier. (Éd>teur anonyme de 1764.)

2 L’Angleterre.

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