‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 687 sur 1159 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Dépopulation de l’uni vers.

Toutes ces petites républiques furent englouties dans une grande, et l’on vit insensiblement l’univers se dépeupler : il n’y a qu'à voir ce qu’étaient l’Italie et la Grèce avant et après les victoires des Romains.

« On me demandera, dit Tite-Live 1 , où les « Volsques ont pu trouver assez de soldats pour « faire la guerre , après avoir été si souvent vain- « eus. Il fallait qu’il y eût un peuple infini dans ces « contrées, qui ne seraient aujourd’hui qu’un dé- « sert, sans quelques soldats et quelques esclaves « romains 2. »

« Les oracles ont cessé , dit Plutarque 3 , parce « que les lieux où ils parlaient sont détruits : à « peine trouverait-on aujourd’hui dans la Grèce trois « mille hommes de guerre. »

« Je ne décrirai point, dit Strabon 4, l’Épire et « les lieux circonvoisins , parce que ces pays sont « entièrement déserts. Cette dépopulation, qui a « commencé depuis longtemps , continue tous les « jours; de sorte que les soldats romains ont leur « camp dans les maisons abandonnées. » Il trouve la cause de ceci dans Polvbe, qui dit que Paul-Émile, après sa victoire , détruisit soixante-dix villes de l'Épire, et en emmena cent cinquante mille esclaves.

Page 1