‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 702 sur 1159 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Des religions en général.

Comme on peut juger parmi les ténèbres celles qui sont les moins épaisses , et parmi les abîmes ceux qui sont les moins profonds, ainsi l’on peut chercher entre les religions fausses celles qui sont les plus conformes au bien de la société; celles qui, quoiqu’elles n’aient pas l’effet de mener les hommes aux félicités, de l’autre vie, peuvent le plus contribuer à leur bonheur dans celle-ci.

Je n’examinerai donc les diverses religions du monde que'par rapport au bien que l’on en tire dans l’état civil , soit que je parle de celle qui a sa racine dans le ciel, ou bien de celles qui ont la leur sur la terre.

Comme dans cet ouvrage je ne suis point théologien, mais écrivain politique, il pourrait y avoir des choses qui ne seraient entièrement vraies que dans une façon de penser humaine , n’ayant point été considérées dans le rapport avec des vérités plus sublimes.

A l’égard delà vraie religion, il ne faudra que trèspeu d’équité pour voir que je n’ai jamais prétendu faire céder ses intérêts aux intérêts politiques , mais les unir : or, pour les unir, il faut les connaître.

La religion chrétienne , qui ordonne aux hommes de s’aimer, veut sans doute que chaque peuple ait les meilleures lois politiques et les meilleures lois civiles , parce qu’elles sont, après elle, le plus grand bien que les hommes puissent donner et recevoir.

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