‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 712 sur 1159 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De la secte stoïque.

Les diverses sectes de philosophie chez les anciens pouvaient être considérées comme des espèces de religion. Il n’y en a jamais eu dont les principes fussent plus dignes de l’homme , et plus propres à former des gens de bien , que celle des stoïciens ; et, si je pouvais un moment cesser de penser que je suis chrétien , je ne pourrais m’empêcher de mettre la destruction de la secte de Zénon au nombre des malheurs du genre humain.

Elle n’outrait que les choses dans lesquelles il y a de la grandeur , le mépris des plaisirs et de la douleur.

Elle seule savait faire les citoyens; elle seule faisait les grands hommes; elle seule faisait les grands empereurs.

Faites pour un moment abstraction des vérités révélées ; cherchez dans toute la nature , et vous n’y trouverez pas de plus grand objet que les Antonin. Julien même, Julien ( un suffrage ainsi arraché ne me rendra point complice de son apostasie ); non , il n’y a point eu après lui de prince plus digne de gouverner les hommes.

Pendant que les stoïciens regardaient comme

1 Recueil des V oyages qui ont servi à rétablissement de la compagnie des Indes, tome III, part. I, page 63.

* Histoire des Juifs, parPrideaux.

une chose vaine les richesses, les grandeurs humaines, la douleur, les chagrins, les plaisirs, ils n’étaient occupés qu’à travailler au bonheur des hommes , à exercer les devoirs de la société ; il semblait qu’ils regardassent cet esprit sacré qu’ils croyaient être en eux-mêmes comme une espèce de providence favorable qui veillait sur le genre humain.

Nés pour la société , ils croyaient tous que leur destin était de travailler pour elle : d’autant moins à charge que leurs récompenses étaient toutes dans eux-mêmes ; qu’heureux parleur philosophie seule , il semblait que le seul bonheur des autres pût augmenter le leur.

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