‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 768 sur 1159 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Continuation du même sujet.

L’ostracisme doit être examiné par les règles de la loi politique, et non par les règles delà loi civile; et , bien loin que cet usage puisse flétrir le gouvernement populaire, il est au contraire très-propre à en prouver la douceur ; et nous aurions senti cela , si l’exil parmi nous étant toujours une peine, nous avions pu séparer l’idée de l’ostracisme d’avec celle de la punition.

Aristote nous dit2 qu’il est convenu de tout le monde que cette pratique a quelque chose d’humain et de populaire. Si , dans les temps et dans les lieux où l’on exerçait ce jugement , on ne le trouvait point odieux , est-ce à nous , qui voyons les choses de si loin|, dé penser autrement que les accusateurs , les juges, et l’accusé même?

Et-, si l’on fait attention que ce jugement du peuple comblait de gloire celui contre qui il était rendu ; que , lorsqu’on en eut abusé à Athènes contre un homme sans mérite 3 , on cessa dans ce moment de l’employer 4, on verra bien qu’on en a pris une fausse idée, et que c’était une loi admirable que celle qui prévenait les mauvais effets que pouvait produire la gloire d’un citoyen, enle comblant d’une nouvelle gloire.

1 Livre I des Lois.

2 République, liv. III, chap. xm.

3 Hyperbolus. Voyez Plutarque , Fie d'Aristide.

4 II se trouva opposé à l’esprit du législateur.

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