CHAPITRE XIX
Qu’il ne faut pas décider par les lois civiles les choses qui doivent l’être par les lois domestiques.
La loi des Wisigoths voulait que les esclaves fussent obligés de lier l’homme et la femme qu’ils surprenaient en adultère 4, et de les présenter au mari et au juge : loi terrible , qui mettait entre les mains de ces personnes viles le soin de la vengeance publique , domestique et particulière !
Cette loi ne serait bonne que dans les sérails d’Orient, où l’esclave qui est chargé de la clôture a prévariqué sitôt qu’on prévarique. Il arrête les criminels, moins pour les faire juger que pour se faire juger lui-même, et obtenir que l’on cherche dans les circonstances de l’action si l’on peut perdre le soupçon de sa négligence.
Mais dans les pays où les femmes ne sont point gardées, il est insensé que la loi civile les soumette,
1 Plutarque, dans sa comparaison de Lycurgue et de Numa.
2 Ibid. Fie de Caton. Cela se passa de notre temps , dit Strabon, liv. XI. — Il est vrai que Strabon dit formellement que Caton donna sa femme Martia à Hortensius , selon l’ancienne coutume des Romains ; mais il parait par un passage de Plutarque , que cette coutume n’était plus en vigueur du temps de Caton : car Hortensius lui ayant d’abord demandé sa fille Porcia, qui était mariée à Bibulus , Caton lui répondit qu’il faisait grand cas de son alliance , mais qu’il trouvait étrange qu’il lui demandât en mariage sa fille , qui était mariée à un autre. Voyez Plutarque, Fie de Caton d’Utiqne , § 7. (P.)
3 Leg. II, § ult. ff. ad leg. Jul. de adult.
4 Loi des fFisigvths, liv. III, tit. iv, § 6.